Dossier Louise Bourque

Ce qu’il reste

Collection d’images

Au cinéma
les corps sont tenus à distance
ne se touchent
ni l’écran ni les peaux

Self Portrait Post Mortem

l’image est tout juste
choc

spasme électrique
de l’épiderme au celluloïd
à la rétine

Jours en fleurs

et la chair comme une cornée épaisse
brûle sans douleur
couleur sang

Auto Portrait/Self Portrait Post Partum

il y a le visage
que la lumière balaie
les traits au bord de la disparition
capturés par le noir
qui les fige
en une égratignure
sous la paupière

Une larme sur le film
efface les pores
un portrait sans visage devient
l’oeil fixé sur l’objectif
une mémoire tremblante
un défilé d’autres
sur pupille opaque

Jolicoeur Touriste

au sein du cadre tout est si contrasté que l’on oserait presque si éteindre
laisser un peu de cet incendie se répandre dans l’appartement vide

se réfugier et offrir refuge
se remémorer et se faire mémoire
être habité par le vague souvenir d’avoir habité

puis ramasser
le dernier pleur
qui n’a pas su ralentir la jeunesse

Going Back Home

il n’y a plus de chemin pour y retourner
mais nous continuerons chaque soir de visiter l’impression d’un lieu

Imprint

contre les espaces et les corps d’oubli

Bye Bye Now

on aperçoit la maison familiale dans le vieil album
peut-être a-t-elle déjà pris feu
sinon elle s’embrasera demain

personne ne survit aux images
qui retiennent et effacent
pas même les flammes

HELP

mais la photographie fourbe
convainc son auditoire que jamais rien
ne meurt
ni les violences ni les fleurs

Être…été

fissures de peinture
rassemblent ce qu’il reste de l’été
ce qu’il reste de l’être
ce qu’il reste

Just Words

Au cinéma
l’image affleure surface de l’écran
ne se touchent les corps s’effleurent mémoires d’enfant
pour jouer encore une fois
enfiler la cape
se faire héroïne

Rooftop Song