Hors Champ

mars-avril 2020

Carnet de tournée

Le livre d’image en Drôme/Isère

Dossier : Image(s) et parole(s)

par Stéphane Collin
janv-fév./mars-avril 2020 19 avril 2020

Au début de cette tournée du film Le livre d’image en Drôme et Isère, je me suis souvenu d’un entretien de Jean-Luc Godard à l’occasion de la sortie de Film Socialisme. Godard avait rêvé de faire distribuer le film par un couple qui aurait été parachuté au-dessus des villes.

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Il le dit de nouveau dans un autre entretien.

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Et j’ai un peu le sentiment que Fabrice Aragno et Jean-Paul Battaggia [1] vont lui permettre ça : faire circuler le film en France sous forme de colportage, hors des réseaux de distribution classique et de la salle de cinéma. Vincent Capes de ZO/Anima (Nîmes), qui coordonne ce tour de France, a imaginé ça comme une tournée de groupe de rock : petits lieux alternatifs, matériel simple et transportable, installation rapide.

Évidemment, je ne peux m’empêcher de penser au livre de Charles F. Ramuz que Jean-Luc Godard cite si souvent : Les Signes Parmi Nous, et à cette histoire de colporteur dont Godard disait : « Il y avait un roman de Ramuz qui racontait qu’un jour un colporteur arriva dans un village et qu’il devint ami avec tout le monde parce qu’il savait raconter mille et une histoires. Et voilà qu’un orage éclate et dure des jours et des jours, et alors le colporteur raconte que c’est la fin du monde. Mais le soleil revient enfin et les habitants du village chassent le pauvre colporteur. Ce colporteur, c’était le cinéma. »

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Hasard des temps, j’apprends plus tard que le livre de Ramuz a été écrit en 1919, tout au début d’une épidémie de grippe espagnole. Toute au long de la tournée, du 5 au 13 mars 2020, nous allons craindre les mesures de confinement liées au coronavirus, qui signifieraient alors l’annulation des séances.

Mardi 3 mars 2020

Je me sens comme un aventurier à partir sur les routes de la Drôme et de l’Isère avec le film de Jean-Luc Godard. C’est extrêmement émouvant et excitant de participer à cette aventure des diffusions du film en France. Vincent Capes de ZO/Anima nous avait dit qu’il avait imaginé cette tournée comme une tournée de groupe de rock. Et je ressens cette même sensation d’excitation du départ, et une légère inquiétude, un peu diffuse et stimulante, de l’aventure qui démarre, que lors des tournées que j’ai faites avec les groupes de musique dans lesquels je jouais.

Je rejoins Laurent et Vincent à la Chapelle de Cordeliers de Crest. Je découvre un lieu magnifique. L’acoustique est très belle. Plus tard, je découvrirai qu’il s’agit d’une chapelle - désacralisée - aux origines incertaines. Propriétés des Cordeliers (Franciscains), puis des Francs-Maçons, puis des religieuses Trinitaires. Ancien orphelinat.

Le socle pour le moniteur a déjà été installé et ressemble assez fortement à un autel. Il a été disposé devant l’enfeu, de telle sorte que le moniteur sur lequel sera diffusé le film vient comme oblitérer le rectangle du tombeau de l’enfeu. Dans la profondeur, les deux rectangles s’enchâssent l’un dans l’autre, comme si l’un avait été arraché à l’autre, comme si le moniteur avait été extrait de l’enfeu.

Nous ouvrons les valises et découvrons le matériel : 7 enceintes, et une mystérieuse boîte d’où tout part : les 7 + 1 canaux de son (nous pouvons ajouter un caisson de basse) et une sortie HDMI pour l’image. C’est une machine-film dans laquelle se trouve le son et l’image, comme une boîte magique dont on ne sait pas très bien ce qu’elle contient.

Nous câblons tout très simplement. Tout est précisément indiqué avec des étiquettes sur chacune des sorties et chacun des câbles.

Nous déballons la télévision 65 pouces que Laurent a acheté. L’écran et le son d’accueil aseptisés. Câblage du HDMI. Nous activons le bouton rouge de la machine-film. Le film démarre. Du code informatique qui défile. Un écran noir avec LE LIVRE D’IMAGE en typo blanche. C’est très émouvant de redécouvrir un film vu déjà plusieurs fois, et de ne pas le reconnaître : « il était là ce plan ? », « Je n’avais pas vu cette image ! ». Le son est incroyablement beau dans ce lieu.

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Mercredi 4 mars 2020 : LE 102 (Grenoble / 160600 habitants / 100 spectateurs)

Avec Vincent, nous avons tout de suite pensé à diffuser le film au 102 (102 rue d’Alembert, à Grenoble). Ancien squat, c’est une salle dédiée au musiques contemporaines et improvisées et aux cinémas différents, expérimentaux, d’avant-garde…

C’est une salle très importante pour nous (et pour le cinéma ‘autre’), parce que c’est là que nous avons découvert le(s) cinéma(s) expérimental(ux) ou d’avant-garde. Je me souviens qu’adolescent, je venais là très discrètement, souvent seul. Je ne sais plus comme j’avais découvert le lieu. Je me glissais là, un peu inquiet que les gens qui s’occupaient du lieu me remarquent : ils étaient impressionnants, radicaux et n’avaient pas l’air très drôles. Le lieu était rude. Tout était en béton et nous étions assis sur des chaises pliables en métal. Sauf que je découvrais que le cinéma, c’est ‘ça’ aussi. C’était le mercredi soir. Soirée Artoung. Je découvrais des films merveilleux, abstraits, dingues. C’est au 102 que tout s’est ouvert pour moi et que j’ai compris la grandeur inouïe du cinéma et ses possibilités.

Vincent nous envoie des sms inquiétants : le film ‘disjoncte’ dès qu’ils touchent des potards d’enceintes et la diffusion semble très fragile. Nous apprendrons plus tard par Fabrice Aragno qu’il faudrait faire une mise à jour du système de diffusion, et que ça manque de RAM.

Vincent m’envoie un texto : la séance est pleine et ils ont refusé du monde !

Vendredi 6 mars 2020 : LE QUAI (Pont-de-Barret / 671 habitants / 50 spectateurs)

Ce soir, pour Laurent et moi, c’est la première vraie diffusion du film devant un public. Nous sommes accueillis dans des anciens moulinages transformés en ateliers d’artistes et d’artisans. S’y côtoient plasticiens, musiciens, dessinateurs, céramistes, marionnettistes et typographes. C’est dans l’atelier de ce dernier qu’aura lieu la diffusion.

Je souris à l’arrivée, le couloir qui mène à la salle de diffusion ressemble vraiment à celui que Lemmy Caution/Eddy Constantine parcourt dans Alphaville (repris plus tard par l’émission Cinéma, Cinémas).

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L’installation est rapide et nous attendons fébrilement les premiers spectateurs devant une assiette de pâtes.

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Je suis aux entrées lorsqu’arrive une tête connue : Julien D’Abrigeon. Je le connais depuis longtemps parce que j’ai travaillé un peu avec des poètes contemporains et qu’il est lui-même poète. Il habite dans la Drôme mais on se voit assez peu. Surtout, il a écrit un mémoire JEAN-LUC GODARD, CINEASTE-ÉCRIVAIN que j’avais lu avec beaucoup d’attention. Le lendemain, il nous écrira un petit message : ‘C’était parfait’. Chaud au cœur.

A la fin de la projection, un homme vient nous voir en nous disant qu’il n’a pas compris le message politique du film, que c’est confus et qu’il se demande si Godard sait encore ce qu’il fait, ce qu’il dit. Le débat s’engage !

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Samedi 7 mars 2020 : LE PLATO (Romans-sur-Isère / 33500 habitants / 44 spectateurs).

Ce soir, le film sera diffusé dans une petite salle de répétition prévu pour du spectacle vivant. Il s’agit d’un lieu dédié où des gens très investis y ont installé leur bureau. Sur leur site, on peut lire « Le Plato, fabrique de spectacle, s’inscrit dans une dynamique empruntant aux ‘lieux intermédiaires’, aux ‘tiers-lieux’ et plus largement à une dynamique de partage et d’autonomie proche des valeurs de l’éducation populaire ».

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Notre discours se rôde : expliquer que le film a été conçu et mixé sur ce même genre de dispositif (un téléviseur 65 pouce et 7 enceintes), dans le salon du cinéaste. C’est donc ainsi que le film doit être vu : comme il a été fabriqué et finalisé. Dire aussi que pour regarder/écouter les films de Jean-Luc Godard, il faudrait essayer de se dépouiller de tout les ‘on-dit’, de tout ce que l’on a lu, vu, entendu, du mythe Godard, pour essayer de sentir, percevoir et se laisser toucher et émouvoir par cet objet cinématographique absolument poétique. Il y aura un temps pour penser, pour revenir sur le film. Essayer d’abord de se laisser aller avec le film.

Lors de la première projection à 18h30, le film s’interrompt trois fois pendant sa diffusion. Le dysfonctionnement est inexplicable et insoluble en présence d’un public. Nous sommes d’autant plus inquiets que les essais préalables ont bien fonctionné. Nous recalons le film et, tant bien que mal, nous arrivons à la fin. Je contacte Fabrice Aragno qui me dit qu’il faudra qu’il prenne la main à distance sur le fichier et sur la machine pour faire une mise à jour. Considérant le rythme des diffusions que l’on a, impossible de faire la manipulation avant la fin de la tournée. Du coup, chaque soir, nous avons des coups au cœur à chaque silence, à chaque coupe de son - et il y en a beaucoup dans le film : et si la machine s’était encore arrêtée ? Entre les deux diffusions de la soirée, nous changeons de réseau électrique et la séance suivante se déroule sans encombre.

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Un ami, Alain Brat, est présent. C’est d’autant plus joyeux de le voir ici que j’ai partagé de grands moments avec lui sur le tournage d’Adieu au Langage de Jean-Luc Godard. Nous avions été invités à Nyon avec deux autres compagnons, lui pour jouer dans le film et moi comme ‘auditeur libre invité’. Dans le film, on le voit courir avec les étudiants de Davidson pendant la scène devant l’Usine à Gaz où le mari tire un coup de feu en l’air et que la voiture repart en trombe.

Après la diffusion du Livre d’Image, je vois le sourire d’Alain, presque ailleurs.

Dimanche 8 mars 2020 : LA CHAPELLE DES CORDELIERS (Crest / 8200 habitants / 60 spectateurs)

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Lundi 9 mars 2020 : LA SALLE DES FÊTES (Saillans / 1230 habitants / 50 spectateurs)

Saillans est un village qui a un peu fait parler de lui à l’occasion des élections municipales de 2014, expérimentant une gouvernance collégiale et participative.

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Visiblement, les gens ont été touchés par le concert. Un petit verre au bar et ils se déplacent pour aller voir Le Livre d’image. Yannis me dit : « C’est dingue, je ne connais personne ! ».

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Chaque soir, j’aime bien regarder la lumière de l’écran de télévision qui dessine les têtes des spectateurs. A chaque diffusion, il y a une attention très grande et une écoute particulière, d’une concentration palpable.

Mardi 10 mars 2020 : LE CENTRE PÉNITENTIAIRE (Valence / 24 spectateurs).

C’est une diffusion particulière qui nous attend ce jour-là. Nous allons diffuser le film au Centre Pénitentiaire de Valence. J’ai beaucoup milité pour ça auprès de Nathalie Mantonnier qui s’occupe d’organiser des manifestations artistiques et culturelles au sein de cette prison. Elle a peu hésité. Si au début, elle se demandait si ça intéresserait les détenus, elle s’est rapidement laissé convaincre de tenter l’expérience. Après tout, le film parle de liberté, de loi et de justice - entre autre !

Pour entrer, nous avons dû fournir des tas de documents et les photos du matériel. Le véhicule est fouillé et le matériel est méthodiquement répertorié à l’entrée. C’est la première fois que Laurent entre dans une prison. Je travaille régulièrement ici et connais un peu les lieux. Nos téléphones portables sont rangés dans des casiers à l’entrée du bâtiment. Nous y voilà, coupés du monde extérieur.

Après 8 portes ou passages, nous arrivons dans la salle de projection : c’est un vaste espace impersonnel, très haut de plafond. Nous installons le matériel et les chaises en plastique et faisons, comme chaque jour, nos essais. Le film tourne. On se promène et on écoute. On se rend vite compte qu’il y a une fenêtre et surtout une ouverture dans la porte de la pièce, juste en face du téléviseur et que ça crée un reflet pénible sur l’écran. Aura-t-on le droit de masquer cette ouverture lumineuse ? Nathalie découpe elle-même des pages de magazines et les scotche sur le fenestron. Par contre, nous sommes obligés de laisser une petite ouverture pour que les surveillants puissent voir à l’intérieur. Pendant la projection, je me tiendrai dans l’axe de la lumière pour qu’elle ne se projette pas sur l’écran et que les détenus puissent voir le film correctement.

La diffusion a lieu dans un temps identifié par les détenus et intitulé Ciné-Philo, ou comment travailler des questions philosophiques après avoir regardé un/des film(s). Les séances Ciné-Philo sont animées par Armel Richard, qui sera présent pour une discussion après le film. L’idée est de parler ensemble de ce que nous allons voir et entendre. Les détenus de la Maison d’Arrêt arrivent par vagues, en fonction du bâtiment d’où ils viennent. Une grosse vingtaine de prisonniers assistent à cette diffusion. En voyant le système d’enceinte qui entourent le public, un détenu : « Vous avez un dispositif nucléaire ! ».

Il faut demander l’extinction des lumières par téléphone interne. La lumière s’éteint. Le film démarre. Très vite, des remarques fusent pendant la diffusion. Les détenus sont extrêmement surpris par le film. L’un d’entre eux se lève, marche… Il vient s’assoir sur un coin de table. Se lève, marche. Se rassoit. Il croise ses bras très fort. Le film semble insupportable pour lui. Je suis debout au fond de la salle. À un moment, il se dirige vers moi et me demande s’il peut aller à l’infirmerie. Je ne sais que dire et lui dit que je ne sais pas. Il sort.

À l’apparition des cartons de générique, plusieurs détenus sont déjà debout et se mettent à parler. Le film n’étant pas fini, règne une certaine confusion lors des derniers moments. Certains se rassoient, d’autres restent debout. Je sens que la discussion à suivre va être mouvementée.

À la fin du film, la lumière se rallume. Certains détenus forment déjà des petits groupes et discutent. Rires, surprises, visiblement le film a secoué les uns et les autres. Armel Richard prend la parole pour essayer de canaliser cette énergie palpable. Certains se marrent : « Il prend quoi comme drogue, Godard ? ». Un détenu du premier rang, qui nous dira plus tard qu’il est un artiste, guitariste et qu’il joue l’été dans le Sud, énonce : « Avec Godard, on savait à quoi s’attendre ! ». Armel essaye de tisser des liens entre le film et des concepts philosophiques : la liberté, la loi… Ce qu’il montre c’est l’originalité et surtout la liberté du film lui-même. Les détenus trouvent des pistes pour parler du film. À un moment donné, le détenu-guitariste propose : « Ce film, c’est comme tomber d’un immeuble et voir sa vie défiler en cinq secondes ». Il répétera cette phrase le lendemain à un collègue venu travailler avec les mêmes détenus. Tout à la fin de la discussion, un homme d’un certain âge d’origine orientale demande à Laurent : « Et le texte dit à un moment, c’est Mahmoud Darwich ? ». Pour finir, les détenus les plus attentifs rigolent et nous demandent ce que nous, nous avons pensé du film. Et c’est tout à fait intéressant d’essayer de dire ce que nous aimons, pourquoi ce film nous intéresse et nous émeut.

Plusieurs détenus viennent à la fin de la séance nous serrer chaleureusement la main. Visiblement quelque chose s’est passé pour certains d’entre-deux. Le guitariste me prend la main et dit : « On est des artistes ! ».

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Pour Laurent, c’est la fin de la tournée. Nous nous quittons sur le parking du Centre Pénitentiaire. Nous sommes épuisés des jours et nuits passés à monter et démonter le système, à rouler ici et là et à se coucher tard. On fait un selfie. On est pourtant bien rayonnants ! Dans le fond de l’image, on aperçoit les moutons qui broutent l’herbe des pourtours de la prison.

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Mercredi 11 mars 2020 : LE MISTRAL PALACE (Valence / 62500 habitants / 45 spectateurs)

Ce soir, le film va être diffusé dans le cadre des journées Collisions programmées et organisées par mes étudiants de troisième année de Licence en Arts du Spectacle. Cette année, ils ont décidé de consacrer Collisions, à la question du « sonore ». Après plusieurs lieux possibles, des hésitations, des refus, d’autres pistes, la première soirée aura lieu au Mistral Palace, le lieu dédié au rock à Valence. Et ça tombe bien : je me souviens alors de la phrase de Vincent Capes, la tournée Le Livre d’image, comme celle d’un groupe de rock. On y est.

La soirée commence par des courts-métrages d’étudiants en école de cinéma. C’est très bizarre, les spectateurs sont sur les fauteuils du pourtour de la salle et le centre est vide… et je comprends alors que les annonces d’une possible épidémie de coronavirus provoquent un éloignement des gens les uns des autres. Ce sont mes étudiants, ce soir, qui vont présenter Le Livre d’image et Jean-Luc Godard. La salle est maintenant pleine. Le film commence. J’ai décidé de revoir le film ‘comme un spectateur’, au milieu des autres. Je suis au troisième rang, un peu plus à droite. Et je me trouve de nouveau emporté par le film. J’y découvre encore de nouvelles choses surtout du côté des sons. J’entends des choses que je n’avais pas encore entendu. Les passages secrets et les rimes internes (exactement dans leur entente poétique) continuent de se tisser et de se déplier. Je suis de nouveau époustouflé par le film.

Le film est suivi d’une performance de m.O.m qui transforme de la lumière en son. Il équipe des lampes, ampoules, tubes de capteurs piezo et récupère le son émis qu’il transforme. Le lendemain, les journées Collisions se poursuivront avec des films de Marc Hurtado, Peter Tscherkassky, Ben Russel, Raphaël Maze, Jean Epstein (Finis Terrae, accompagné par le groupe Faze) et Philippe Grandrieux.

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Vendredi 13 mars 2020 : MAISON DE LA CRÉATION ET DE L’INNOVATION (Grenoble / 160600 habitants / 70 spectateurs)

Le film est diffusé dans le Live Art Lab de la Maison de la Création et de l’Innovation, qui est un lieu tout neuf qui s’est ouvert sur le domaine universitaire de Grenoble. Ce sont les étudiants de Vincent Sorrel qui ont fait l’installation.

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À cette occasion, avec Vincent, nous avons organisé une journée d’étude : GODARD À GRENOBLE, DE L’ATELIER SONIMAGE AU LIVRE D’IMAGE. Plusieurs interventions sont annoncées : Guillaume Bourgois parlera de Six fois Deux (Sur et sous la communication), film réalisé à Grenoble pendant les années où Anne-Marie Miéville et Jean-Luc Godard ont vécu ici. Martial Pisani évoquera le générique du Livre d’Image, ou plus précisément cette liste plus ou moins juste des œuvres citées dans le film. Un étudiant, Victor Tetaz, a retrouvé dans les stocks de l’université des machines assez proches de ce que Jean-Luc Godard utilise pour travailler son image depuis Scénario du Film Passion. Un mélangeur vidéo et une machine analogique pour travailler et saturer les couleurs. Il nous fait une démonstration.

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ÉLOGE DE L’AMOUR (2001)

Puis, Vincent Sorrel intervient sur la 8.35, la caméra conçue par Jean-Luc Godard et Jean-Pierre Beauviala dans les ateliers Aaton de Grenoble. La caméra sera très peu utilisée mais on trouve des plans tournés avec dans Passion. Pour finir son intervention, Vincent évoque le désir exprimé par Jean-Luc Godard d’un plan ‘à travers le pare-brise d’une voiture, alors que la neige commence à tomber’. Ce plan rêvé par le cinéaste n’est pas dans Passion, par contre, Vincent nous fait remarquer que, dans une certaine constance, Godard l’a réalisé dans plusieurs autres de ces films...

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NOTRE MUSIQUE (2004)

Je me rends compte que ce plan, on va le retrouver dans de nombreux films de Godard après… Je me dis alors que ces plans récurrents sont peut-être les prémisses de la manière dont Jean-Luc Godard a abordé la 3D : dans la profondeur. Il n’a pas travaillé la 3D du côté du relief. Il a travaillé la 3D comme une exploration de l’image dans sa profondeur. Et un pare-brise, c’est exactement un écran. Un écran dans lequel on voit la profondeur du paysage, une suite de plans dans la profondeur de l’image (au sens de ‘premier plan’, ‘deuxième plan’. ‘arrière-plan’).

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ADIEU AU LANGAGE (2014) - VERSION 2D / DVD

La journée est bien impactée par l’annonce de fermeture des universités et le confinement qui doit intervenir le lundi suivant : absence de certains étudiants prévus, absence de certains intervenants…

Je crois que je suis assez ému de la fin de cette tournée. Nous allons ranger le matériel et laisser le film partir ailleurs. Il est peu probable que je le revois dans cette version et dans ce mode de diffusion avant longtemps. Dans le couloir de ce bâtiment tout neuf, je reçois un mail de Nicole Brenez sur mon téléphone. J’y lis « Godard/Langlois, c’est la plus belle histoire d’amour de toute l’histoire du cinéma ». Un frisson me parcourt.

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Notes

[1Les gens avec qui Jean-Luc Godard travaillent depuis plus de 15 ans maintenant.

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