Hors Champ

mars / avril 2019

À propos d’Alain Finkielkraut et des élections en France

UN PHILOSOPHE, UNE ÉPOQUE, UNE DÉROUTE

par Yannick Rolandeau
10 août 2007

« Il n’y a pas de lucidité sans séparation. » - Philippe Muray

« Pour corriger mon indifférence naturelle, je fus placé à mi-distance de la misère et du soleil. La misère m’empêcha de croire que tout est bien sous le soleil et dans l’histoire ; le soleil m’apprit que l’histoire n’est pas tout. » - Albert Camus, Préface L’Envers et l’endroit

Sur le site web, www.grioo.com, Alain Finkielkraut donne un long entretien pour s’expliquer sur certains de ses propos qui ont soulevé rumeurs et calomnies à n’en plus finir, au point que nous en sommes, comme le disait le bon maître Rabelais, tout « philogrobolizés [1] » du cerveau, c’est-à-dire paralysés à force de disputer le pour et le contre. Mais veut-on l’apaisement ? On peut sérieusement en douter. Quand le philosophe s’explique et lève les malentendus, on ne devrait plus avoir motif de s’en prendre à lui. On devrait clore l’affaire. Ce n’est pas le cas. On ne prend pas en compte ce qu’il dit. Par exemple, Alain Finkielkraut a déjà critiqué le vilain sort que le journal Haaretz a fait à ses mêmes propos, notamment dans Le Monde du 26 novembre 2005 : « Le personnage que désigne cet article m’inspire du mépris, et même du dégoût. Je ne suis pas ce frontiste excité nostalgique de l’épopée coloniale. J’essaie seulement de déchirer le rideau des discours convenus sur les événements actuels. Lui, c’est lui, et moi c’est moi. A ma grande stupeur, depuis mercredi, nous portons le même nom. » On ne peut faire plus clair.

Cependant, plus d’un an après, on continue de lire des articles citant les même propos tenus au journal Haaretz comme si l’auteur de La défaite de la pensée ne les avait jamais remis en cause. Les accusations sont pourtant d’une extrême gravité. Sur le même site, Alain Finkielkraut est dénommé « le négrophobe intello » par Essimi Mévégué, rédacteur en chef du mensuel AfroBiz sans que celui-ci prenne en compte un seul instant les explications du philosophe, ce qui est fort dommageable pour un journaliste et une preuve sinon de son inexpérience ou de son incompétence mais du moins de son esprit partisan de ne pas vérifier ses informations. Autre exemple. Dans un article de Libération intitulé À gauche nous demeurons, Eric Naulleau et Jean-Philippe Domecq s’étonnent que certains intellectuels passent à droite et reprochent à Alain Finkielkraut de « dénombrer les joueurs de couleur dans l’équipe nationale de football » et d’en « conclure publiquement que leur excessive proportion fait de la France « la risée de toute l’Europe ». Le plus risible est de lire les deux écrivains reprocher à Alain Finkielkraut d’oublier de penser, sans même vérifier à leur tour si certaines paroles n’ont pas été mal interprétées ou rectifiées. On pourrait poursuivre et prendre l’article du Monde diplomatique intitulé « Alain Finkielkraut, bouffon du roi » de Dominique Vidal. Bref, tant de négligence en dit long sur la bonne foi des accusateurs, sur la pertinence de leurs accusations, et même sur leur bonne vue pour repérer des racistes en plein jour. Que l’on se trompe est excusable mais cela devient nettement plus problématique quand on peut porter des accusations aussi graves et d’une manière continuelle à l’encontre d’un homme, surtout quand il s’agit d’accusations que l’on peut répéter facilement, en masse, jusqu’à la nausée, sans jamais évidemment s’assurer de leur infaillibilité. Enfin, dans un article de Libération, Alain Finkielkraut, de guerre lasse, demande au quotidien de « l’oublier » car après avoir démenti la rumeur selon laquelle le philosophe se serait rallié à Nicolas Sarkozy, ne voilà-t-il pas que le quotidien homologue tout de même la rumeur que le philosophe dément ! Ce dernier conclut : « Vous ne cherchez pas à me comprendre, mais à m’étiqueter. Ce qui vous importe, ce n’est pas ce que je pense, c’est le camp auquel j’appartiens. Et ce camp, c’est, bien sûr, celui de la réaction. Mais cela, vous le saviez d’avance. Alors, s’il vous plaît, cessez de m’interroger et faites désormais comme votre supplément littéraire : oubliez-moi. »

La moindre des choses en ce qui concerne chaque homme est de considérer ses dires, et de vérifier s’ils ont une logique et une constance, y compris dans les livres quand il s’agit d’un intellectuel. Or, ô grande surprise, on ne cite jamais ou quasiment les livres d’Alain Finkielkraut dans ce genre d’entreprise où le délit d’opinion a remplacé la curiosité, mais des bouts d’entretien ici ou là donnés dans des médias. Il y a de quoi être étonné dans cette chasse à l’homme-raciste que d’omettre ce qu’il y a de plus important, me semble-t-il, pour un intellectuel, là où se trouve la cohérence et la précision de sa pensée : ses livres. Ne les lisez pas, vous pourriez être d’accord ! Là, on constaterait peut-être qu’il y a un fossé entre les écrits et les propos tenus. Ici, on pourrait se demander s’il n’y a pas eu simplification d’une pensée… Remarque-t-on un tel manquement ? Si peu et les journalistes n’agissent pas mieux parfois comme le dénommé Sylvain Cypel dans un article dans Le Monde du 23 novembre 2005 intitulé "La voix "très déviante d’Alain Finkielkraut au quotidien "Haaretz" qui ne s’étonne pas de l’emploi de tel ou tel mot ou de telle ou telle formule et n’a surtout pas pris la peine d’appeler le philosophe, histoire de faire une petite vérification. Si Albert Camus pensait que les neuf dixièmes des journaux mentaient et étaient les porte-parole de la haine et de l’aveuglement, c’était aussi ce que pensait Balzac quelques dizaines d’années auparavant dans Les Illusions perdues à travers l’un de ses personnages : « Le Journal au lieu d’être un sacerdoce est devenu un moyen pour les partis ; de moyen, il s’est fait commerce ; et comme tous les commerces, il est sans foi ni loi. Tout journal est, comme le dit Blondet, une boutique où l’on vend au public des paroles de la couleur dont il les veut. S’il existait un journal des bossus, il prouverait soir et matin la beauté, la bonté, la nécessité des bossus. Un journal n’est plus fait pour éclairer, mais pour flatter les opinions. Ainsi, tous les journaux seront dans un temps donné, lâches, hypocrites, infâmes, menteurs, assassins ; ils tueront les idées, les systèmes, les hommes, et fleuriront par cela même. Ils auront le bénéfice de tous les êtres de raison : le mal sera fait sans que personne en soit coupable. »

Le malaise est profond. Cependant, coûte que coûte, il faut corroder les clichés, faire vaciller par le goût du concret l’empire arrogant des convictions et des certitudes. Changeons de perspective un instant. Écoutons justement ce qu’écrivait Albert Camus dans une lettre adressée à la revue Les temps Modernes datée du 30 juin 1952 après la sortie de son essai L’Homme révolté : « On ne décide pas de la vérité d’une pensée selon qu’elle est à droite ou à gauche et moins encore selon ce que la droite et la gauche décident d’en faire. À ce compte, Descartes serait stalinien et Péguy bénirait M. Pinay. Si, enfin, la vérité me paraissait à droite, j’y serais. [2] » Albert Camus ajoutait avec le même courage : « Qui n’est pas marxiste, franchement ou honteusement, s’achemine ou s’endurcit à droite, voilà le premier pré-supposé, conscient ou non, de la méthode intellectuelle qui fait le sujet de cette lettre. Un tel axiome ne peut s’accommoder de la position nette que l’Homme révolté prend à l’égard du marxisme et c’est là d’abord ce que votre collaborateur vise dans mon livre. Il fallait donc dévaloriser cette position en montrant que, confirmant l’axiome, elle mène aux enfers réactionnaires, si même elle n’en provient pas. [3] » Certes, Albert Camus a payé assez cher de s’en prendre au mythe de la révolte (à son romantisme, sa mystification) sans que l’on comprenne réellement qu’il visait surtout cette façon de récupérer la révolte pour des causes nihilistes, aussi bien du côté de l’individualisme absolu (nihilisme du solitaire) que de l’historicisme, les deux aboutissant au terrorisme, au niveau de l’individu ou à celui de l’État. Il parlait à cet égard de « vigilance double ». Albert Camus pensait que le démocrate devait être « mesuré », « modeste » et que le révolté ne devait pas dépasser certaines limites sous peine non seulement de se nier mais d’annihiler la révolte elle-même. Si cette mesure est un effort de tout l’être, et s’oppose à la servitude, dernier recours du nihilisme contemporain, elle n’était pas du goût des marxistes. On comprend mieux pourquoi Albert Camus ait été si critiqué puisqu’il s’en prenait non seulement à la manière de placer l’individu au-dessus de l’histoire mais surtout à celle de mettre l’histoire au-dessus de l’individu. À assigner ce dernier à une fin déterminée. La conception matérialiste de l’histoire fait explicitement de la lutte des classes le moteur de l’Histoire, une histoire qui acquiert ainsi un sens nécessaire et une fin précise : la libération du joug capitaliste et l’émancipation de l’homme. Ce marxisme prophétique pense qu’il faut lutter contre les forces réactionnaires puisqu’on saute, à la toute fin, dans le paradis définitif comme dans une piscine. Cette histoire terminale « justifie », pour les propagandistes en tous cas, tous les sacrifices, tous les abus et tous les aveuglements. Au passage, l’histoire se retrouve divinisée, ce qui entraîne une négation de la liberté et de la révolte devant ce nouveau dieu. Critiquant ce terrorisme intellectuel, Albert Camus a, dans ce même article, cette phrase célèbre sur les censeurs qui « ont placé leur fauteuil dans le sens de l’Histoire ». Commentant cet épisode, Milan Kundera écrit : « Camus a vu juste, seulement il ne savait pas que ce précieux fauteuil était sur roues et que, depuis un certain temps déjà, tout le monde le poussait en avant, les lycéennes modernes, leurs mamans, leurs papas, de même que tous les combattants contre la peine de mort et tous les membres du Comité pour la protection des nouveau-nés et, bien sûr, tous les hommes politiques qui, tout en poussant le fauteuil, tournaient leurs visages riants vers le public qui courait après eux et riait lui aussi, sachant bien que seul celui qui se réjouit d’être moderne est authentiquement moderne. [4] » Autrement dit, tout un chacun joue la partition complaisante de l’émancipation à tout prix tout en étant fier et ému de regarder le public qui applaudit en regardant !

Revenons à nos moutons, si j’ose dire. Plus de cinquante ans sépare les deux « affaires ». On en est là en France, ou du moins, on y retourne. Rien n’a changé réellement et l’on ressert les mêmes recettes idéologiques même si elles se sont légèrement déplacées. Si vous n’êtes pas de gauche ou si vous critiquez la gauche et son cortège de féministes, anti-racistes, anti-fascistes, vous êtes soupçonnés d’être un néo-réactionnaire, voire un réactionnaire tout court. À son époque, Albert Camus s’inquiétait déjà de cette façon d’écrire ou de réécrire le portrait d’un individu pour le faire correspondre au fantasme que l’on veut projeter sur lui, et bien sûr sans que l’on se rende compte de la falsification opérée. « Accessoirement, comme il est bien difficile de trouver, aujourd’hui, dans mon attitude publique, des arguments en faveur de sa thèse, il s’est replié, pour avoir raison un jour, sur un avenir qu’il m’a fabriqué de toutes pièces et qui me ferme la bouche. [5] » Ainsi, on ne croit pas mentir et l’on a l’impression de voir la réalité toute nue. Si l’on transpose cette falsification dans notre époque, il ne reste plus par exemple, à certaines associations, qu’à repérer les racistes, histoire de faire une partie de « shoot them up. » La chasse à l’homme est devenue ludique de nos jours. Comme on est à peu près sûr de n’avoir pas réellement de sang sur les mains, on peut se les salir d’autant.

Même si Alain Finkielkraut n’est pas seulement vilipendé mais aussi soutenu, fort heureusement, le problème qui a lieu est que l’esprit critique si prisé par nos « humanistes », cette « ouverture » sur l’autre 24h/24 si clamée par nos « citoyens » ne tolèrent plus la moindre contradiction, au point que, relayée par les médias, la simplification outrancière de réactionnaire est devenue comme l’antichambre de la « lucidité ». Comme le disait René Girard, on a un bouc émissaire quand on ne sait pas qu’on en a un, et plus le mécanisme fonctionne, plus il doit rester caché. Ce qui est intéressant ici, c’est de visualiser concrètement le mécanisme à travers cette affaire et l’équation peut se définir ainsi : comme le racisme a fait et continue de faire de nombreuses victimes (personne ne le nie), et comme je suis anti-raciste, je suis donc du côté du bien, et les autres sont du côté du mal. Sacralisation de l’anti-racisme devenu idéologie. Comme c’est obsessionnel, tout le monde commence à jouer au policier participatif, à suspecter tout le monde, histoire d’arborer médaille anti-raciste, brevet anti-fasciste certifié conforme, diplôme anti-réactionnaire infalsifiable bref d’exhiber tel un pin’s une bonne image de soi à une époque où l’image de soi est la seule « réalité » d’une authentique identité. Triste avatar de Narcisse. Un anti-racisme (ou anti-fascisme) à sens unique de surcroît. Alors que le journaliste de Télérama pose une question à propos de son duo avec Doc Gynéco, Fred Chichin, le chanteur de Rita Mitsuko, répond : « Ah, oui, bien sûr, quelle créativité ! « Ah si j’étais riche, lalalalalala. » Le discours d’un Gynéco peut se résumer ainsi : « Si j’étais riche, je m’achèterais une Porsche et je t’emmerderais, bâtard. » Je les connais bien ces types, j’ai travaillé avec eux. Je suis resté deux mois avec une quarantaine de rappeurs. C’est édifiant sur le niveau et la mentalité… Le rap a fait énormément de mal à la scène musicale française. C’est une véritable catastrophe, un gouffre culturel. La pauvreté de l’idéologie que ça véhicule : la violence, le racisme anti-Blancs, antioccidental, antifemmes… C’est affreux. [6] » Qui en parle ? Que fait SOS racisme ? Que fait le MRAP ? Où sont les associations féministes ? Où est tout ce beau monde trépignant d’indignation ?

Faisons un détour par le roman. Dans son roman La Tâche, Philip Roth nous plonge dans l’Amérique des années 90, la fin de la décennie Clinton, alors qu’éclate le scandale Monica Lewinsky. L’auteur raconte l’histoire d’un professeur de lettres classiques Coleman Silk, ex-doyen d’une petite université du Massachusetts, Athena College. La carrière de ce professeur vole en éclat à la suite d’un incident. Coleman Silk s’est irrité de l’absence permanente de deux étudiants en demandant s’ils s’agissaient de « zombies », en anglais de « spooks », ce qui signifie spectre mais peut être également utilisé comme une injure raciste (intraduisible ici mais on dirait bougnoule). Or les deux étudiants absents étaient noirs, ce que Silk ignorait et pour cause, ils ne sont pas venus en cours. La plainte de ces étudiants contre Coleman Silk est une bonne aubaine pour certains de ses collègues qui ont eu à souffrir de son caractère. Ceux qui l’appréciaient jusqu’alors n’ont pas envie de compromettre leur carrière en prenant sa défense. Silk se retrouve isolé et démissionne ; ce qui est interprété comme un aveu de sa culpabilité. Or, Coleman Silk est noir mais à cause d’une histoire génétique, il est blanc ! Ce qui permet à Philip Roth de critiquer autant le racisme habituel que l’hystérie anti-raciste. Car Coleman a fui le ghetto noir de son enfance, l’humiliation quotidienne de son père méprisé à cause de la couleur de sa peau. A cause de cela, il a plongé dans une vie de mensonges et s’est construit une nouvelle identité de juif américain blanc. Pour désamorcer le piège, il suffirait que Coleman révèle sa véritable identité... mais un tel aveu est impossible : sa propre famille, sa propre femme, ses propres enfants ignorent qu’il est noir... Coleman est pris au piège de ses mensonges. Philip Roth élargit cette "tâche" et en fait l’attitude existentielle falsificatrice que l’individu opère dans la relation à son être. L’histoire implique que si Coleman Silk avait été « visiblement noir », il n’aurait pas été accusé de racisme. On peut donc émettre cette hypothèse d’un « racisme inversé », je veux dire qu’étant donné que Coleman Silk est « visiblement blanc », on met bien en cause sa couleur de peau d’une façon indirecte pour l’accuser de racisme. Les anti-racistes obsessionnels devraient s’interroger sur leur combat quand de tels romanciers remarquent que la chasse à l’homme commence à changer de direction au point que certaines personnes veuillent attirer l’attention médiatique sur eux par ce biais-là. Que l’on se rappelle la jeune femme, en juillet 2004, qui a prétendu avoir été agressée dans un wagon de RER par six voyous qui auraient dessiné au feutre des croix gammées sur son ventre…

Il est normal qu’un philosophe veuille rester vigilant et lucide, donc dérangeant et « pensant mal » mais la « tragédie » est que ses détracteurs ont tellement fait main basse sur le progressisme et les droits de l’homme qu’ils se les vaporisent en spray et que la moindre déviance est considérée comme une trahison et une forfaiture. Forcément ! Qui d’autre pourrait être coupable sinon l’autre ? Le fait que cette idéologie « progressiste » se soit radicalisée fait suite à l’effondrement de toute application concrète d’une politique socialiste ou communiste dans le monde. Le revirement total sur les revendications sociales et la défense des droits est devenu le seul horizon crédible pour occuper symboliquement le terrain. On comprend que SOS racisme ait été inventé en 1984 par le parti socialiste et Mitterrand juste après la politique de rigueur économique de 1983. Élargissons. Il est assez symptomatique de lire les discours de Nicolas Sarkozy (Discours de Toulouse du 12 avril 2007 et Discours de Bercy du 29 avril 2007 écrits par Henri Guaino) et de le voir accuser la gauche d’avoir saboté ses propres valeurs. Quelle douloureuse ironie de l’histoire ! Et cela mérite que l’on s’y arrête deux secondes car entendre le candidat de l’UMP reprocher à la gauche d’avoir confondu liberté et laxisme, confondu autorité et répression, renié la République de Jaurès et l’école de Jules Ferry, de ne parler de la religion qu’avec mépris, d’avoir favorisé le relativisme culturel par démagogie [7], d’avoir abaissé le niveau de l’école, et j’en passe, il y a de quoi enrayer son pacemaker. Nicolas Sarkozy, dans son discours de Toulouse, ose même dire : « Je me sens plus proche du Jaurès, il y a 115 ans, à Toulouse, que de la gauche héritière de mai 68, pour laquelle tout se vaut et qui pratique le nivellement par le bas. Jaurès n’en était pas un ! » Le « scandale » n’est pas qu’il a tort mais qu’il a bel et bien raison, non pas d’ailleurs que ces valeurs en elles-mêmes soient de droite ou de gauche. Et le plus terrible, c’est qu’il ne le cache même pas : « Oui, je ne suis pas socialiste, mais ce qu’a fait la gauche de jadis, qui croyait au travail, qui croyait à l’éducation, qui croyait au mérite, qui croyait à la liberté de conscience, qui croyait à la morale, qui croyait en l’individu, je veux le faire à mon tour. Ces valeurs de la gauche de jadis, j’ai voulu que la droite républicaine, qui les avait trop négligées, les reprenne à son compte au moment où la gauche les abandonnait. ».

JPEG

Nicolas Sarkozy est un homme habile et rusé mais à propension de ce que la gauche a lâchement abandonné. Même s’il a fait un beau coup de communication (triste époque vendue au marketing) en opérant ce qu’on appelle en science politique une « triangulation », c’est-à-dire en allant prendre des thèmes au camp adverse pour les lui opposer, cette gauche a mérité de perdre et par sa propre faute. Il n’est pas étonnant à ce titre de la voir se diluer dans le centre, voire à droite à force d’avoir été progressiste jusqu’à la nausée, égalitariste jusqu’à la démesure, anti-raciste pour se créer un réservoir de voix et assurer sa survie politique. Le plus comique fut de voir les réactions, après le discours de Nicolas Sarkozy du 29 avril contre les héritiers de Mai 68 (un mai 68 qualifié déjà par Pasolini de petit bourgeois [8] !) et d’écouter les mêmes rengaines moralistes et antifascistes : Daniel Cohn-Bendit a dit qu’employer le mot liquidé était stalinien et que c’était même du « bolchevisme » et Philippe Meirieu a estimé que « ce que Nicolas Sarkozy dit sur l’autorité ressemble au discours de Pétain, avec un retour à l’autoritarisme, à une forme d’obéissance arbitraire fondée sur la force et non sur la compétence ».

Le renversement est total. Les discours de Nicolas Sarkozy montrent donc l’ampleur de la déroute de la gauche qui s’est complètement inféodée aux discours émancipateurs et démagogiques non seulement par manque d’une vision politique et économique, mais surtout pour avoir abandonné et saboté des valeurs dans le domaine social (le travail n’est pas l’exploitation), artistique (contre le relativisme culturel) et éducatif (perte de l’autorité), sans quoi une civilisation n’a même pas de colonne vertébrale pour se tenir debout. Il faut dire que le PS a largement dépassé la mesure de la bêtise et du marketing. Pourquoi n’a-t-il pas défendu de telles valeurs que l’on pourrait relier à tant de grands auteurs ? Même François Bayrou a une idée plus juste en matière de Culture que la désastreuse candidate du PS, Mme Ségolène Royal qui, elle, citait Bach et Diam’s par pure démagogie électoraliste : « Ce n’est pas comprendre l’art que de lui assigner un rôle de distraction, d’ornementation ou bien encore même de socialisation. Rembrandt n’a pas peint pour décorer un salon, Proust n’a pas écrit pour divertir, Mozart n’a pas composé pour se soigner et Baudelaire relève d’autre chose que d’un simple phénomène de société. L’art donne à penser. 14 » Le seul credo de la gauche est les droits de l’homme (féminisme, antifasciste, anti-racisme, post-homosexualisme) ou les « avancées sociales ». Il y a de quoi être consterné en voyant le meeting de Ségolène Royale au stade Charléty, le 1er mai 2007, qui arrive bras en croix et lance d’un sourire angélique un : « Alors en avant, rassemblons-nous, prenons-nous la main, aimons-nous les uns les autres ! [9] » Et les 40 000 personnes à l’intérieur sur la pelouse et les gradins et les 20 000 à l’extérieur applaudissent à tout rompre ! Et l’on dira que ce public était athée alors que nous étions plutôt en pleine religiosité, en pleine monarchie républicaine et populiste ? Il ne manquerait plus, pour apaiser nos bobos, que notre Vierge Marie dégrafe son corsage, nous tend un sein pur et blanc et nous asperge d’une giclée de lait rose et sucré. Je n’exagère pas son côté « maternification ». À son discours à Brest, le vendredi 4 mai, elle clame : « La France a besoin de tendresse, elle en est tellement privée ! Ce qui est important, c’est la manière dont nous nous aimons les uns les autres, avec nos différences. » Elle conclut : « Soyez libres, ayez cette audace de porter une femme à la présidence de la République, osez ! Je serai une présidente protectrice, attentive. Je vais bien m’occuper de vous... » D’ailleurs, si Ségolène Royale en est là, c’est bien que le PS a tout misé sur le fait qu’elle est femme (beau sexisme inversé et le slogan La France présidente n’a trompé personne) et que mettre une femme, c’est overmoderne. Donc citoyen, donc… Avec comme seul programme, un sourire (à visage humain pour saluer un texte de Philippe Muray). Un désastre. On peut prédire qu’en continuant ainsi le parti socialiste s’enferme dans une stratégie suicidaire, sauf à transformer la société en parc d’attractions ou en jardin d’enfant. C’est ce qui fait dire à Jean-Claude Michéa : « Telle est la raison historique principale qui fait que, depuis vingt ans, chaque victoire de la Gauche correspond obligatoirement à une défaite du Socialisme. [10] » Et quand on voit Jack Lang et d’autres éléphants du PS être soit tentés par le centre, soit acceptés de participer à un gouvernement de droite, cela montre bien à quel point cette « gauche » ne s’en distingue en rien. Pourquoi ?

Il y a presque quarante ans qu’une nouvelle caste, dans sa stratégie de prédation, tente d’imposer un nouveau capitalisme, un capitalisme hédoniste. Cette formule est du cinéaste et écrivain Pier Paolo Pasolini qui avait compris, dès les années 60 et 70, que le néo-libéralisme devait évoluer sur la "gauche", devenir « progressiste » et « humaniste », « tolérant », « communicant », histoire de décloisonner et de s’étendre au monde entier pour créer un individu totalement « émancipé », « élastique », ayant perdu tous ses repères familiaux, sexuels, culturels et autres, et ce afin d’être plus facilement soumis au despotisme de la marchandise. Un désir d’oubli de l’être dit Kundera (La Lenteur) et un anéantissement dans la joie et les cotillons de ce qui a fait que la civilisation pouvait être appelée civilisation. Un génocide culturel pensait même Pasolini dans son siècle en pleine mutation. Ce qu’il constate et tente coûte que coûte de faire comprendre, au risque de heurter l’opinion, est que cet « hédonisme » est le conformisme le plus terrible, le pire des fascismes et qu’il va se concrétiser entre autres par une exigence de droits civiques de plus en plus obsessionnelle, forme larvée de néo-consumérisme non pas contraint mais émancipateur et ludique. Ambrose Bierce, dans son Dictionnaire du diable écrit : « Emancipation : Changement de tutelle de la tyrannie d’autrui au despotisme de soi-même. » Le paradoxe suprême est que cette lutte pour les droits, cette « tolérance », ce « laïcisme » prolongent et étendent le néo-libéralisme plutôt qu’ils ne le combattent et ne le limitent. Pasolini n’y va pas par quatre chemins : « En effet : l’extrémiste qui enseigne aux autres à avoir des droits, qu’enseigne-t-il ? Il enseigne que celui qui sert a des droits identiques à celui qui commande. L’extrémiste qui enseigne aux autres à lutter pour obtenir leurs droits, qu’enseigne-t-il ? Il enseigne qu’il faut jouir de droits identiques à ceux des patrons. L’extrémiste qui enseigne aux autres que ceux qui sont exploités par les exploiteurs sont malheureux, qu’enseigne-t-il ? Il enseigne qu’il faut exiger un bonheur identique à celui des exploiteurs. Le résultat qu’on atteint éventuellement de cette manière, c’est donc une identification - c’est-à-dire, dans le meilleur des cas, une démocratisation dans un sens bourgeois. [11] »

La conclusion est sans appel : « La tragédie des extrémistes consiste ainsi à avoir fait régresser une lutte qu’ils définissent verbalement comme révolutionnaire marxiste-léniniste vers une lutte civile aussi vieille que la bourgeoisie - essentielle à l’existence même de la bourgeoisie. [12] » Le néo-libéralisme a très bien compris qu’il fallait libérer les mœurs, et par delà, le moindre recoin de la vie, puis les mondialiser pour que chacun soit plongé dans une perpétuelle immanence, un incessant subjectivisme tel un petit hamster dans sa cage et dont le seul destin est de faire tourner sa petite roue. Un sujet a-critique, une post-humanité subordonnée à la satisfaction de ses pulsions, dévorée par son consumérisme mais en contradiction sévère avec ses intérêts existentielsetceux de la planète.Nous voici dans le processus destructeur de la consommation à un niveau métaphysique. Cette industrie de l’entertainment à tous les étages comme l’a si bien décrit Hannah Arendt, entretient l’autosatisfaction, glorifie le plaisir et le divertissement comme seule fin de l’existence. Au fond, libertaire et libéral font très bon ménage, l’un décloisonnant et ramollissant les mentalités prêtes alors à l’emprise du second. C’est exactement ce qui est arrivé : en France, le PS a très bien su profiter de cette situation pour permettre cette déterritorialisation et parvenir au pouvoir. Ne pouvant appliquer une politique de gauche, il s’est rabattu sur les droits de l’homme et le leitmotiv de l’émancipation comme seuls recours et uniques colmatages. En somme, cet Empire du Bien si drôlement critiqué par Philippe Muray qui ne s’était pas laissé abuser non plus dans Festivus Festivus en le repérant aussi dans la politique guerrière du gouvernement américain. On n’impose pas la démocratie à coup de bombes radiologiques !

Je sais bien que mes propos risquent d’être balayés d’un revers de la main et d’un haussement d’épaules. Cependant, Pier Paolo Pasolini ne pourra pas être suspecté d’être réactionnaire, s’étant désigné comme marxiste, et votant pour le Parti Communiste Italien (PCI). Pourtant ce qu’il dit ne s’éloigne pas de notre propos. Le constat est sévère et si l’on peut être en désaccord avec le marxisme de Pasolini quant à l’utopie qu’il dissimule, l’auteur de Salo n’est pas dupe : il n’a pas oublié que la « lutte des classes » voulait un autre mode de vie plutôt que celui gratifiant de la bourgeoisie car cette « ouverture » finit sur une indifférenciation généralisée et un anéantissement de l’individualité. Il écrit avec une lucidité sans faille dans le texte Intervention au congrès du Parti radical lu deux jours après son assassinat : « À travers leur adoption marxisée par les extrémistes, dont j’ai parlé dans les premiers paragraphes de mon intervention, les droits civiques font désormais partie intégrante non seulement de la conscience, mais aussi de la dynamique de toute la classe dirigeante italienne progressiste. (…) Je parle des intellectuels socialistes, des intellectuels communistes, des intellectuels catholiques de gauche, des intellectuels tout court, sans autres qualificatifs. Chez cette masse d’intellectuels - en raison de vos succès -, votre passion non conforme pour la liberté s’est routinisée, elle a acquis la certitude du conformisme, et même (à travers un « modèle » toujours imité des jeunes extrémistes) du terrorisme et de la démagogie. [13] »

De nos jours, avec de tels propos, Pasolini serait classé parmi les nouveaux réactionnaires, selon la formule de Daniel Lindenberg [14] alors qu’au fond, douloureuse ironie du sort, cette gauche bien pensante qui pense débusquer des racistes à chaque coin de rue (et d’y assimiler en passant les conservateurs) se fait doubler par le libéralisme sur sa gauche et grâce, autre douloureuse ironie du sort, à ses propres intellectuels prétendus anti-réactionnaires. Après l’aveuglement du communisme, et comme le disait Voltaire (« Pour la plupart des hommes, se corriger consiste à changer de défauts. ») l’errement est tellement patent qu’une telle idéologie ne peut qu’inventer des boucs émissaires et des armées de méchants pour éviter d’être dévoilée. Écoutons une dernière fois Pasolini : « Or la masse des intellectuels qui vous a emprunté, à travers une marxisation pragmatique d’extrémistes, la lutte pour les droits civiques, en l’exprimant ainsi dans son code progressiste, ou conformiste de gauche, ne fait rien d’autre que le jeu du pouvoir. Plus un intellectuel progressiste est fanatiquement convaincu de la justesse de sa contribution à la réalisation des droits civiques, plus, en substance, il accepte la fonction sociale-démocrate que le pouvoir lui impose, en supprimant toute altérité réelle par la réalisation falsifiée et totalisante des droits civiques. Ce pouvoir s’apprête donc de fait à recruter les intellectuels progressistes comme ses clercs. Et ceux-ci ont déjà donné à ce pouvoir invisible une adhésion invisible, en glissant dans leur poche une invisible carte. [15] » Inutile de dire que pour Pasolini, dans ses Ecrits corsaires, la lutte anti-fasciste était une vieillerie qui ne servait qu’à masquer les mutations désastreuses en cours. Au fond, Alain Finkielkraut ne dit pas autre chose quand il écrit : « L’histoire est un long chemin broussailleux qui mène jusqu’à nous. L’homme des droits de l’homme se regarde, émerveillé, comme l’aboutissement de l’homme. Et il le fait savoir. Fier, à s’en tambouriner la poitrine, d’avoir vaincu le principe hiérarchique, imbu de sa ferveur antidiscriminatoire, ivre de sa tolérance aux différences, il instruit le procès pour intolérance de toutes les formes de vie et de pensée qui diffèrent des siennes. Sûr que rien d’humain ne lui est étranger et qu’il est seul dans ce cas, il devient étranger à tout ce qui est humain. [16] »

C’est dans cette perspective que l’on mesure toute la déroute et l’impasse pathétique de la « gauche » et l’immense hypocrisie de ses dirigeants. Naïveté aussi d’avoir « choisi » la candidate idéale pour Nicolas Sarkozy au point que l’on peut se demander si certains journaux ne l’ont pas médiatiquement « élue » afin de faciliter la tâche au candidat de l’UMP. Car avec l’élection de Nicolas Sarkozy à la présidence de la République, c’est le « retour » d’un capitalisme financier décomplexé (sa critique de Mai 68 n’en est que plus explicite) après la vague du capitalisme hédoniste tout aussi destructeur mais moins visible car enrobé d’« humanisme ». Il est piquant qu’il fustige Mai 68 tout en proposant un slogan pro mai 68 : « Ensemble tout est possible. », pur mot d’ordre soixantehuitard, en plus d’exprimer la Toute-Puissance infantile d’un monde sans limites. Mais comment s’en étonner puisque la société actuelle voit l’oxymorisation des esprits [17], par exemple, fustigeant hystériquement les pédophiles (devenus des boucs émissaires) tout en faisant la promotion érotique des lolitas ! Et ce n’est pas tant le luxe affiché par Nicolas Sarkozy, suite à la polémique suscitée par son séjour à bord d’un yacht prêté par l’homme d’affaires Vincent Bolloré (ajoutons le Fouquet’s et les gens du showbiz) dès le lendemain de sa victoire présidentielle, qui est choquant mais bien la peoplisation de la politique, c’est-à-dire de faire entrer un peu plus la politique dans la sphère de la consommation, annonçant la morte lente de la démocratie et de la pensée critique. Chose qui déplairait fort à Hannah Arendt et à Albert Camus. Nicolas Sarkozy le clame même tout haut à des journalistes à Malte où il faisait un jogging : « Je vais vous dire une chose : je n’ai pas l’intention de me cacher, je n’ai pas l’intention de mentir, je n’ai pas l’intention de m’excuser ». Transparence, impudeur et perversion font toujours aussi bon ménage. Face à cela, et même s’il n’a pas de leçon à donner sur le sujet, le PS pourrait opérer une autocritique en profondeur, et accoucher d’une gauche avec plus de droiture. Aux dernières nouvelles, il semble qu’il veuille poursuivre dans la même direction…

JPEG


ADDENDUM

Ayant défendu Alain Finkielkraut dans cet article, je me sens obligé de rompre cet accord sur les tenants et les aboutissants qu’il en donne en mettant en cause systématiquement l’immigration et les maghrébins sans jamais resituer le contexte social (L’identité malheureuse). Il suit en cela d¹une façon ou d’une autre les positions d’Elisabeth Levy et d’Eric Zemmour après avoir défendu Renaud Camus qui, depuis, a soutenu le Front National avec sa théorie fumeuse du Grand remplacement. Sans parler de son soutien à Michel Houellebecq dans son roman Soumission. Il est bien clair pour ma part que si la critique de la postmodernité est toujours valide, elle ne mène pas forcément à l’extrême-droite et à l’Islamophobie déguisée, annihilant toute critique du système libéral (qui a favorisé cette immigration) comme l’a démontré Jean-Claude Michéa [18] et risquant de mener au « choc des civilisations » mis en place par les néo-conservateurs américains.

Notes

[1Terme employé dans Pantagruel et qui vient de « philo », amateur, qui aime, et de « grabeler », passer au crible.

[2Albert Camus, Révolte et servitude, in Essais, Pléiade, 1977, Gallimard, p. 754.

[3Ibid, p. 755.756.

[4Milan Kundera, Le rideau, Gallimard, 2005, p.71-72.

[5Albert Camus, Révolte et servitude, in Essais, op. cit., p. 756.

[6Télérama n° 2986 - 7 Avril 2007

[7Lire Michel Schneider, La comédie de la culture, Seuil, 1993.

[8Lire le poème PCI ai giovani où Pasolini s’insurge contre les jeunes, leur disant que leur révolution est fausse car ils sont des bourgeois conformistes, instruments de la nouvelle bourgeoisie.

[9« Aimons-nous les uns sur les autres » aurait été plus festif je trouve.

[10Préface à La culture du narcissisme de Christopher Lasch, Champs-Flammarion. Il faut entendre ici toute la gauche, du PS à l’extrême-gauche qui se sont ralliés à l’idéologie progressiste et émancipatrice.

[1117 Pier Paolo Pasolini, Lettres luthériennes, Points-Seuil, p. 226.

[12Ibid, p. 226

[13Ibid, p. 231

[14Daniel Lindenberg, Le rappel à l’ordre : enquête sur les nouveaux réactionnaires, Seuil, 2002

[15Pier Paolo Pasolini, Lettres luthériennes, op.cit., p. 232-233.

[16Alain Finkielkraut, L’imparfait du présent, Folio, 2003, p. 136.

[17Un oxymore est une figure de rhétorique où deux mots désignant des réalités contradictoires ou fortement contrastées sont étroitement liés par la syntaxe, appelé paradoxisme.

Recherche

Mots-clés

Mots-clés liés a cet article:

Autres groupes de mots-clés

A lire également

  • Pour Angela Ricci Lucchi

    Hommage

  • La mort de Louis XIV

    Entretien avec Thierry Lounas

    Entretien avec Thierry Lounas, producteur d’Albert Serra pour le film La mort de Louis XIV.

  • FNC 2018

    « C’est pour ça »

    Notes sur quelques films vus au à la 47ème édition du Festival Nouveau Cinéma qui s’est déroulé à Montréal du 3 au 14 Octobre 2018.

ISSN 1712-9567
copyright 2015

OffScreen       Conseil des arts du Canada   iWeb Technologies   Conseil des arts de Montréal