Hors Champ

septembre-octobre 2020

Film suspendu

Réflexions

par Miryam Charles
mai / juin 2020 6 juillet 2020

I.

LE TEMPS D’AVANT OU AVANT LA PAROLE

Je suis restée.
Couchée ici.
Un corps semblable au mien se déplace.
Dans ce monde et prétend ne pas être détruit.
Ici.

Je n’ai jamais eu l’intention de réaliser des films. D’ailleurs, je répète souvent que je n’ai pas d’ambitions, pas de plan de carrière, ni d’envie de grandeur. J’étais tranquille. Je photographiais des films ou en produisait. J’étais tranquille.

J’ai commencé à réaliser de films, car j’avais le cœur en peine. Je voulais retrouver ma joie. Simple comme ça.

J’aime travailler. Écrire. À la maison. Boire du thé. À la maison.

De l’importance d’être chez soi.

Chez moi.

J’appelle mon courage qui dort depuis si longtemps. Me reviens en tête tous les instants où j’aurais dû être courageuse, me lever, m’exprimer. Tous les moments où j’ai souri, éclaté de rire, acquiescé pour conserver un statu quo qui lentement me détruisait.

Qui rapidement me transformait. En une autre que moi.

J’écris. Principalement de courts films. Puis dernièrement, quelques longs.

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Courts films

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d’avant

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Cette Maison

Je n’ai pas commencé à tourner mon premier long métrage. La pandémie s’est chargée d’arrêter la production. Un jour avant le début du tournage. J’étais dans mon lit. Un jour avant le début du tournage. Fiévreuse.

Le film s’intitule Cette Maison. Il raconte la rencontre improbable entre une mère, sa fille décédée, une cousine, une équipe de tournage, un médecin légiste et de la famille. Toujours de la famille.

Une rencontre improbable dans le temps entre le Connecticut de 2008, le Québec de 1995, Haïti de 1780 et mon cœur.

Cette maison est en ruine, glorieuse, brûlant sans cesse. Cette maison est remplie d’amour.

J’attends que la vie recommence. Et elle recommencera. Comme avant. J’attends que ma vie débute enfin. Jusqu’à aujourd’hui, j’ai été trop tranquille, docile et douce. Au point de ne pas exister.

Je suis quelqu’un d’autre. J’aurais pu être quelqu’un d’autre.

Dans le film, il y a une scène. La première que je devais tourner. Une scène où la famille, la mienne (fictive et réelle), est réunie un soir d’octobre de 1995. Le téléviseur est allumé. Ils attendent le résultat du référendum. Les adultes sont fébriles. Les enfants s’amusent. Ils ne sont pas conscients que le destin de la province se joue devant eux. Ils s’amusent. Malgré quelques signes, remarques, regards de travers, moqueries de leurs camarades de classe, ils se sentent encore chez eux.

À Schelby, Florence, Isabelle, Michael, Gordon, Véronique, Sabiha, Félix et Nelly. À ma famille. On se retrouvera bientôt. À notre premier jour de tournage.

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