Hors Champ

mars-avril 2020

À l’ombre d’Hollywood

ENTRETIEN AVEC SYLVIE GROULX

par Simon Galiero
11 juillet 2020

À l’ombre d’Hollywood, présenté récemment au Québec, est un documentaire dont la première motivation est l’urgence de comprendre, de réagir et de se positionner face à l’envahissement d’une structure de marché assassine et monopolistique sur laquelle repose une industrie depuis longtemps stratégique pour les États-Unis : le cinéma et les images. Loin d’être condescendante ou naïve dans sa démarche, la réalisatrice du film, Sylvie Groulx, nous offre une démonstration simple, dense et efficace des différents enjeux inhérents à cet impérialisme exercé aujourd’hui de façon paradoxale... D’une part il multiplie ses visages et devient de plus en plus vicieux dans ses rouages de fonctionnement et de propagande. D’autre part, il est représenté d’une manière de moins en moins subtile et ne se donne même plus la peine de montrer de faux scrupules à des populations crédules et béates, prises dans le confort de la paresse intellectuelle et de l’image simpliste et individualiste d’eux-mêmes que véhiculent les scénarios aseptisés des grands studios. L’esprit du public devient alors un otage volontaire, asservi à cette surexcitation de l’acte de consommer injectée dans ses veines par les seringues du consensus commercial.


Quel est le point de départ d’À l’ombre d’Hollywood ?

S.G. : C’est un projet que j’avais déposé en 1988 à l’Office National du Film et qui avait été refusé, c’était dans le cadre de la collection sur l’américanité. À l’époque il n’y avait pas eu encore toute la question de l’exception culturelle en France et les grands accords commerciaux n’étaient pas là non plus, c’étais 5 ans avant que ça se produise. Il y avait donc une disparition progressive des cinéma nationaux des écrans, je voyais qu’à Montréal les salles disparaissaient les unes après les autres et que la télévision présentait de plus en plus de cinéma américain ; c’était donc comme simple spectatrice et citoyenne que je décidais de poser des questions. À l’époque Wim Wenders avait écrit des choses intéréssantes sur le sujet durant un passage aux États-Unis et Tavernier commençait déjà à en parler. Mais bon finalement ça n’a pas fonctionné et je suis passée à autre chose mais, quelques années plus tard, à la fin de 95, je suis revenue avec cette idée et c’était alors évidemment c’étais plus d’actualité, même si ce n’était pas vraiment discuté ici et d’ailleurs je considère que ça ne l’est pas encore. Après m’être largement renseignée sur le sujet, j’en ai rapidement dégagé des idées et je suis allée voir mon producteur Éric Michel qui m’a donné son OK. À partir de là j’avais une bonne idée des personnes que je voulais rencontrer mais ce fut très dur, le processus de production a été complexe et c’était difficile d’avoir accès aux gens, particulièrement aux États-Unis. Idéalement il nous aurait fallu un producteur aux États-Unis qui nous ouvre des portes parce que là-bas ce sont de véritables châteaux forts, donc je n’ai pas eu forcément tout ce que je voulais mais je suis contente des gens qui sont là parce que je trouve que Todd McCarthy fait un historique très intéressant et Arthur Penn est un homme très intelligent, un homme qui réfléchit et qui a une grande conscience.

C’est vrai qu’il est assez surprenant...

S.G. : Oui et il revient souvent dans le film parce que je trouvais qu’il faisait une analyse intelligente et aussi parce qu’il se sentait énormément concerné par le sujet.

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Arthur Penn et Sylvie Groulx

Car aux États-Unis, dans l’ensemble, ce qui se passe à l’extérieur est le dernier des soucis des gens que je rencontrais. Et ils ont tendance à dire que si leurs films marchent c’est parce que le public les aime et c’est tout. Et ils ne sont très souvent même pas au courant quand on leur parle des interventions de Jack Valenti, pour eux ce n’est qu’une vieille statue qui traîne, ils ne savent pas qu’il passe l’année à parcourir le monde pour empêcher les gens de voter des lois de soutien. Ils ne réalisent pas tout le jeu politique qu’il y a là-dedans, les interventions directes du secrétariat d’État, etc. Ils ne se documentent pas là-dessus. Par-contre il y a une sérieuse critique de ce qui se fait à Hollywood depuis 25 ans à l’intérieur même du réseau. En recherche j’ai rencontré plusieurs producteurs qui étaient dans les grands studios et je peux vous dire qu’ils s’arrachaient littéralement les cheveux. Ils me disaient que tout cela n’avait plus aucun espèce de lien avec le cinéma, que les courses démentes pour obtenir les plus gros budgets sont devenues une obsession totale. Bon on s’en doutait, mais j’ai trouvé intéressant que plusieurs d’entre eux soient aussi exaspérés. Comme Penn qui disait que les Américains eux-mêmes n’étaient plus capables de porter leur propre culture à l’écran car les conglomérats exigent des produits sans aucune référence culturelle, donc même leur culture est effacée.

Et il y a un problème aux États-Unis c’est que la notion même de cinéma indépendant devient aseptisée...

Oui cela fut aussi très récupéré... Par exemple Sundance qui était le festival des indépendants est devenu le même vivier : un tas d’hommes d’affaires qui se lancent et créent un second marché où tout le monde s’entretue pour avoir tel ou tel film en premier. Ils vont pêcher les indépendants qui ont fait des films pour pas cher et les amènent à Hollywood, mais évidemment pas pour faire la même chose. Alors ils leurs accordent une toute petite marge de manœuvre comme Jonathan Nossiter nous dit dans mon film, à savoir toucher des sujets un peu plus marginaux, sauf que c’est exactement la même psychologie des personnages que partout et il ne faut bien sûr pas que ce soit trop compliqué. Ils misent comme d’habitude sur un public d’adolescents, donc ils ne veulent pas ceux qui essaient de proposer des réflexions.

Et le Québec se situe où dans tout ça ?

S.G. : Nous avons toujours été habitués de composer avec le fait que nous sommes sur le territoire américain, que nous sommes dans le domestic market. Il n’y a pas eu ici de grandes réactions aux accords du GATT en 1993 par exemple, alors qu’en Europe la perte de leurs cinématographies nationales s’est faite à une vitesse tellement rapide qu’il y a eu un grand choc accompagné d’une prise de conscience. Ici je trouve que la question est encore traitée d’une façon extrêmement primaire, les gens réalisent très peu l’importance de tout ça, et ils ne se posent aucune question sur le devenir de l’image. C’est loin d’être gagné cette histoire, c’est à remettre sur la table tout le temps et même les pays européens ne sont pas du tout unis et ont tendance à pencher du côté du libre marché ; sauf que le libre marché c’est surtout les États-Unis. Comme disait l’autre, je ne me souviens plus exactement qui, il disait c’est "le renard libre dans le poulailler libre"...

Comme je disais il y a ici moins de sensibilité à cette question, sauf que je pense que l’on vit, dans la fabrication de notre cinéma, les mêmes problèmes que beaucoup de pays. La France se distingue à cause de ses fameuses taxes, le compte de soutien et aussi le fait que la moitié de leur argent va aux premières et deuxièmes œuvres donc ils ont toute une relève, etc. Mais c’est vraiment une exception parce que dans tous les pays les gens ont de la difficulté à trouver du financement. Il y a des crénaux où la télévision investit dans le cinéma mais cela a souvent un effet pervers au niveau de la création.

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Alain Tanner

C’est comme ici lorsqu’on dit qu’il faut que Radio-Canada injecte des fonds dans le cinéma ; je m’excuse mais ce n’est pas enviable car ils vont appliquer les ratings et les ratings c’est la loi du marché, donc une standardisation de tout, à commencer par le contenu. Comme Alain Tanner le mentionnait ils veulent des téléfilms cousus avec du gros fil blanc, rien qui ne dérange qui que ce soit au niveau de la forme ou d’une quelconque manière. Alors faire appel à la télévision est plutôt dangereux.

Pour en revenir à la question, en faisant le film j’ai quand même eu l’impression qu’on vivait la même chose, en plus petit, que les pays européens ou ailleurs. Il se produit x longs-métrages par année et on essaie de trouver un peu de tout : le film d’auteur, la comédie, etc. Donc on saupoudre un peu dans un genre ou un autre avec toutes les difficultés qu’on connaît pour les cinéastes de composer avec les institutions et les 22 personnes qui se mettent le doigt dans le projet et font en sorte que les scénarios deviennent édulcorés. C’est à se demander si certains parviennent encore à porter à l’écran l’essence et l’énergie de départ de leur projet. C’est normal qu’il y ait un souci de rejoindre le marché parce qu’il en faut un, mais ce souci fait que les fonctionnaires et les distributeurs ont cette espèce de prétention qui consiste à s’accaparer ce que "veut" le public, en disant "le public veut ci ou ne veut pas ça"… C’est complètement absurde, les studios sont les premiers à faire des flops monumentaux.

Je parlais d’édulcoration ça me semble un point important. Parfois je regarde certains films qui ont beau être des films de jeunes cinéastes, même d’auteurs, le contenu n’est pas très excitant. Mais peut-être est-ce une erreur, peut-être que ce ne sont pas des compromis, peut-être est-ce devenu naturel pour des jeunes cinéastes d’opter pour une certaine forme, une certaine esthétique à la mode, une esthétique un peu vidéo-clip et toujours empreinte d’un certain pathos quelquefois très ridicule. Alors je me demande si c’est uniquement les institutions, c’est difficile à cerner. Ce qui est certain c’est que j’ai trop souvent l’impression ces derniers temps que l’esthétique ne sert qu’à camoufler un vide au niveau du contenu. Je remarque par exemple que les personnages sont rarement ancrés dans un milieu, on ne sait pas d’où ils sortent.

Vous commencez votre film par des images de Paris défilant à partir d’un taxi où vous conversez avec Bertrand Tavernier… Il y a donc là deux des principaux symboles de résistance : d’une part Paris, lieu symbolique de lutte pour l’art et le cinéma, et d’autre part Tavernier qui constitue la figure de proue populaire de défense de la création. Est-ce qu’on ne manque pas de quelqu’un au Québec qui ait ce même discours allumé, passioné et rassembleur sur des sujets qui touchent l’ensemble de la création ?

S.G. : L’autre fois j’ai rencontré une Française qui m’a demandé quels étaient les cinéastes québécois qui nous représentaient le mieux

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Bertrand Tavernier

en-tete

et je n’ai pas su quoi répondre. Un gars comme Denys Arcand on ne le voit plus, il ne s’implique plus là-dedans. Je sais qu’on travaille fort au niveau de l’Association des Réalisateurs et de la Coallition pour la Diversité Culturelle pour faire changer certaines choses, mais il reste que nous n’avons pas en ce moment quelqu’un qui a fait assez de films, qui a une certaine influence et qui porte un discours rassembleur et combatif. Beaucoup de gens ont des choses à dire et sont très intelligents mais soit ils ne travaillent plus, soit on ne les voit pas. C’est un truc que je disais récemment à Philippe Baylaucq de l’Association des Réalisateurs, qui avait pris position sur une affaire, je lui disais que ça m’avait fait du bien de lire ça dans les journaux, que ça fait des années que je n’ai pas vu des instances qui représentent des créateurs prendre position ouvertement. Il a fallu que le scandale avec Cinar éclate, ce qui a déclenché quelques réactions, mais on sent quand même que tout le monde marche sur des œufs. On se dit que sans cette histoire, probablement rien ne se serait dit. Alors il y a une volonté de mettre ces enjeux sur la place publique mais rien ne s’est encore concrétisé, loin de là.

Ceci dit, beaucoup de ces enjeux sont spécifiques au cinéma québécois, est-ce qu’une unique intervention du milieu pourrait faire bouger les choses par rapport au problème je dirais universel de l’envahissement des images hollywoodiennes et de la libéralisation des marchés ?

S.G. : Je ne crois pas, le principal travail est vraiment au niveau des États. Si l’OMC finit par vendre l’idée que ce n’est que du libéralisme et que ce qui est véhiculé sur les vecteurs, soit le câble, la télé, les satellites, l’Internet, etc., vont ensemble... C’est-à-dire que leur théorie se base sur l’idée que si on libéralise les moyens de locomotion il faut également libéraliser ce qui passe dessus, donc pour eux une œuvre cinématographique et un coup de fil c’est la même chose. Eh bien s’ils réussissent à vendre cette idée ce sera totalement désespérant parce que personne ne pourra résister si un libre marché s’installe, jusqu’au jour où il y aurait peut-être un réveil général. Ce n’est pas pour rien que les cinéastes en Europe cherchent l’appui des politiciens, parce qu’ils savent que ça se passe d’État à État. C’est dans les grandes négociations commerciales que ça se joue et s’ils ne convainquent pas les hommes et les femmes politiques d’en faire une priorité et de tenir leur bout on va sûrement vivre une période assez obscure.

Il semble que la politique canadienne et québécoise soit très nonchalante à l’idée de se positionner de façon ferme...

S.G. : Sheila Copps est intervenue souvent sur la question de la diversité culturelle, elle a convoqué une conférence internationale où étaient présents 22 pays, surtout européens, qui étaient présents. Sauf que ce qui est aberrant dans son cas c’est qu’elle exige ici une canadianité très très douteuse : d’un côté elle parle de diversité et de l’autre elle nous dit qu’un film canadien doit être tourné au Canada, avec des Canadiens, et sur une histoire canadienne… À l’heure de la mondialisation il faudrait complètement se replier sur nous ? Et les règlements qu’ils ont mis en place où il est question que le produit soit certifié canadien pour recevoir de l’argent, c’est complètement hallucinant. C’est comme sa maladie de mettre des drapeaux partout, ça reflète un manque de confiance en soi absolument incroyable de vouloir écrire et faire dire le mot "Canada" partout. Ça veut dire que c’est d’une très grande fragilité. Et c’est vraiment une erreur parce que si on veut que les films voyagent ça n’a aucun sens de faire ça. Les Canadiens se préoccupent de ce qui se passe dans le monde et il faut continuer de s’en préoccuper. Dans le privé je n’aurais jamais pu réaliser le film que je viens de faire, ça n’aurait pas correspondu du tout à la définition d’un film canadien. C’est étrange parce que je suis à l’ONF qui est un organisme fédéral, mais on est encore pour combien de temps à l’abri de cette affaire ? Par le Fonds des Cablo-distributeurs, c’est le privé qui est affecté par cette définition mais à qui le prochain tour ? S’ils appliquent ça à l’ONF il y a un paquet de films, je pense que la moitié de sa production disparaît demain matin. C’est un autre problème le dossier de l’ONF. On ne sait pas ce qui va se passer car aucune figure politique ne semble vouloir la défendre ou du moins s’en préoccuper. Je ne sais pas ce qu’il va arriver avec cette institution, moi je trouve que c’est un joyau dont on se sert très mal. Peut-être est-ce dû à un manque de vision des créateurs et des producteurs mais c’est extrêmement précieux, la liberté de parole je ne l’aurais pas eue totalement en faisant mon film ailleurs surtout avec un sujet pointilleux comme celui-là. N’oublions pas non plus que tous les cinéastes québécois sont partis de là, ce n’est pas rien. Et un projet financé ailleurs a absolument besoin de l’accord d’un distributeur au niveau de la fiction et d’un télédiffuseur au niveau du documentaire, mais pas à l’ONF qui reste ainsi l’espace où il y a le plus de liberté mis à part la vidéo indépendante qui est malheureusement beaucoup moins diffusée. On en revient donc souvent au problème de la diffusion et de notre dépendance aux télévisions.

Et pendant ce temps les Américains viennent tourner chez nous à rabais...

S.G. : Cette manne est très conjoncturelle, leur seule motivation est la faiblesse du dollar. Et il est très angoissant de voir que par les crédits de toutes sortes accordés par nos gouvernements, au niveau fédéral et provincial, ils peuvent aller chercher jusqu’à 11% de leur budget dans les poches des contribuables… 11 % !!! Alors quand John Travolta arrive à Montréal avec un budget de 110 millions il a le droit de venir chercher 11% de cette somme… Donc il va venir chercher 12 millions alors que le total accordé aux œuvres canadiennes est de 35 millions ! Le producteur Gilbart en a parlé dans un forum : le total des crédits accordés aux Américains a été l’an dernier de 100 millions versus 35 pour nos propres films. Je crois que ça dit tout.

Pour l’histoire des taxes perçues sur le billet hollywoodien par la France, nous avons aussi essayé de faire ça au Québec, au sein de la loi 109, mais nous avons été empêchés par Jack Valenti...

S.G. : Oui, c’est comme Claude Fournier raconte dans le film, c’est-à-dire que Jack Valenti procède toujours de la même façon en menaçant de retirer tous les films hollywoodiens des écrans. Il n’y a qu’un seul pays qui lui a tenu tête : c’est la Suède. Ils avaient décidé d’instaurer un cota de 10 ou 20% de films suédois sur leurs écrans, et les Américains ont dit "d’accord, on retire notre production". Et les Suédois de répliquer "c’est ça, retirez-la !". Alors pendant semble-t-il une période d’environs 6 mois il n’y a eu aucun film américain et il semblerait que cela ait eu un effet plutôt positif dans le sens où les gens ont fréquenté un autre type de cinéma.

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René Lévesque

Pour le Québec Claude Fournier racontait que René Lévesque, qui était le premier ministre à l’époque de la loi 109, n’était pas du tout en faveur d’imposer ça aux Américains, il avait très peur des conséquences. Et Flora McDonald, en 1987, avec le gouvernement conservateur, a aussi essayé de passer une loi, elle s’est battue assez fort. Mais c’est connu qu’à cette époque Reagan, qui était un ami de Mulroney, a téléphoné à celui-ci pour lui dire d’oublier ça et d’arrêter ce projet. Donc lorsqu’on dit que ça se passe au plus haut niveau politique… Le cinéma hollywoodien a tellement pénétré les marchés et le gens sont tellement habitués partout de voir ces films que ça ne repose plus sur le fait que les spectateurs puissent en avoir assez et demander autre chose. Il y a toute une génération qui n’a été formée que par ça. Est-ce que les gouvernements croient encore que la diversité est un principe fondamental ? Est-ce que dans le cadre d’une négociation ils pourront aller jusqu’au bout ? Comme je disais les Américains agissent beaucoup à coups de menaces, en disant "si vous tenez votre bout là-dessus, vous aller avoir des conséquences sur l’agriculture ou autre"... Parce que c’est toujours comme ça, ils interviennent continuellement. À un moment j’ai découpé un article en Italie au sujet des pâtes alimentaires : l’Italie soutient son industrie de la pâte alimentaire, je ne sais trop de quelle façon, comme bien des états soutiennent bien des industries, mais toujours est-il que l’article racontait que les Américains trouvaient que c’était une concurrence déloyale par rapport à leur industrie de la pâte, et que si les Italiens continuaient de soutenir cette industrie ils allaient retirer leurs films des écrans. Ils ont fait la même chose avec la Turquie au sujet du coton qui est leur première industrie nationale. Et je pourrais multiplier les exemples de ce type qui prouvent à quel point leurs films représentent pour eux une industrie stratégique.

Quel impact croyez-vous que votre film puisse avoir ?

S.G. : Dans le journal Ici Jean-Philippe Gravel mentionnait que l’ONF avait peut-être trouvée, avec mon film, son deuxième Erreur Boréale. Je ne crois pas que ce soit vrai parce que pour L’Erreur Boréale ça fait 25 ans qu’il y a une sensibilisation du public sur les questions de l’environnement. Il y a un lobby incroyable et quand le film de Richard Desjardins est sorti tout le monde se positionnait et avait une idée là-dessus, le public était sensibilisé et en parlait beaucoup. C’est facilement visible aussi lorsqu’on voit une coupe d’arbres à l’écran de se dire "mon Dieu, qu’est-ce qu’on est en train de faire ?". Ce sont des choses qui inquiètent beaucoup les gens, et ils ont raison d’être inquiets, mais lorsqu’on parle du contrôle des esprits il n’y a soudainement plus aucune conscience. Pour contrer cet état de fait il y a maintenant la nécéssité d’une mobilisation des gens dans le milieu, qui ne se fait pas du tout pour l’instant. Et je ne sais pas comment elle va arriver, je me demande si on attend qu’il y ait une catastrophe. Il y a aussi une responsabilité des médias qui dans l’ensemble ne jouent absolument par leur rôle de sensibilisation, je pense qu’ils n’en ont même pas pris conscience.

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