Hors Champ

mai/juin 2017

Festival Ibrida*Pluri

En lumière

par Nour Ouayda
mars/avril 2017 20 avril 2017

Vendredi 27 avril 2017.
Vers 21H30.
Alexandre Larose / thisquietarmy / Black Givre
Jour 1 du Festival Ibrida*Pluri [1].

JPEG

D’un côté de la salle, Alex derrière son projecteur 16 mm, de l’autre, Samuel (Black Givre) sur la batterie et Eric (thisquietarmy) qui fait résonner sa guitare à travers une dizaine de pédales étalées sur le sol. Suspendu entre eux, un fin écran en soie blanche presque translucide. Et puis nous, un public debout, assis, adossé, éparpillé face à l’écran, face aux musiciens, dos au projectionniste.

JPEG
JPEG

État des lieux, études, interlude et épilogue. Des intertitres annoncent les multiples arrêts. Alexandre nous présente des images qu’il a captées en Nouvelle-Zélande l’année dernière. Les images sont lancées sur l’écran, tellement fin, que la lumière à peine filtrée par le tissu, s’étale aussi sur les musiciens et le mur blanc qui les cadre. Les images perdent leur épaisseur. Elles tombent en lumière. Je m’attends presque à ce qu’elles s’évaporent à un moment donné. Paysages de pierre, ciels bleus, granulations blanches sur des écrans noirs, et puis pendant longtemps des intérieurs ambigus. Fenêtres, portes, rideaux. Que des cadres qui éclatent à travers l’écran transparent, transportés par le long souffle d’une musique qui se disperse en crescendo, habitant petit à petit l’espace illusoire de l’image qui se colle, littéralement à la peau des musiciens. Batterie et guitare émettent des pulsations rythmiques qui nous rapellent que la musique c’est du bruit, de la même manière que l’écran translucide nous confirme que l’image c’est de la lumière. Vibrations. Voici le temps des fantômes. Voici le temps des illusions.

Cinématographe.

JPEG
JPEG

Lumière du matin, lumière de l’après-midi. Lumière blanche qui transparait à travers un motif de fleurs rouges sur des rideaux blancs. Lumière blanche qui se pose sur le bord d’un canapé. Un homme aux cheveux blancs, s’assoit en surimpression à multiples reprises sur le canapé, presque brûlé par la lumière du jour. Il devient une créature fantomatique. Il traverse les intérieurs et luit sous une lumière de soleil qui n’est jamais jaune. Les cadres d’Alex restent fixes. Fenêtres, portes, rideaux, paysage en pierre. Et là, Eric lance une nappe de basses qui s’imbibe dans le vieux parquet grinçant de l’Eastern Bloc. Samuel répond avec un rythme qui monte en vitesse. Les plans sont longs, les éléments à l’écran bougent à peine mais la lumière dont ils sont fait scintille. Mon corps frisonne, il tressaillit. Les vibrations sonores se ressentent sous les pieds, sur la peau, dans l’estomac. Mon corps s’excite. L’espace vibre, l’image se liquéfie. Il ne reste plus que lumière et son.

JPEG

Photos : © Sonya Stefan/Ibrida*Pluri

Notes

[13ème édition de l’événement pluridisciplinaire organisé par Sonya Stefan, Samuel Bobony et Guillaume Vallée qui s’est déroulé à Montréal les 27-28 avril. https://ibridapluriblog.wordpress.com/

Recherche

Mots-clés

Mots-clés liés a cet article:

Autres groupes de mots-clés

A lire également

  • Rétrospective Alain Tanner

    Variations sur Paul

    Dialogue entre Paul, librement inspiré du personnage de Paul dans les films d’Alain Tanner.

  • La Région centrale à Beyrouth

    Dérives autour de quelques images pauvres

    Sur la projection d’un bootleg de La Région Centrale de Michael Snow à Beyrouth.

  • Rétrospective Kamal Aljafari

    Le cinéma comme pays

    « I was the blue boy’s age when I saw a film crew for the first time. I waited with some other children for the filming to begin. Suddenly a van appeared, and a blonde man opened the van’s side-door and started shooting with a machine-gun. ‘That’s Chuck, Chuck Norris !’ Decades later, visiting London, I emerged from the hotel-room shower to see the blonde man still shooting from a van in Jaffa on the TV. »

Nouvelles et liens

ISSN 1712-9567
copyright 2015

OffScreen       Conseil des arts du Canada   iWeb Technologies   Conseil des arts de Montréal