Hors Champ

mars-avril 2020

La nouvelle fiction du réel

YOUNG MR. LINCOLN : OBAMA ET L’HISTOIRE

par Simon Galiero
11 juillet 2020

Puisque c’est avec l’appui de procédés scénaristiques que l’élection de Barack Obama fut applaudie le 4 novembre 2008, il est de bonne guerre de profiter du moment pour en dire quelques mots par l’entremise du Young Mister Lincoln de John Ford (1939), c’est-à-dire par l’entremise d’un cinéma d’un autre temps qui mettait en lumière la construction d’un type d’homme politique qui relevait aussi d’un autre temps : un temps où l’idée même de héros historique pouvait avoir un sens. Obama lui-même fit une mention notable de Lincoln dans son discours de victoire, avec l’honnêteté de rappeler que l’homme en question était un républicain. Cela ne nous empêchera pas de mettre en doute que lui, Obama, appartienne à cette trempe et surtout que l’époque actuelle puisse encore clamer qu’elle appartienne à l’Histoire étant donné son barbotage complaisant dans un présent d’où a été catapulté tout respect de la contradiction comme nous tenterons de l’expliquer. Un présent qui le plus souvent n’use de références à l’Histoire que pour mieux éliminer les assises qui déterminaient sa nature et son sens.

Beaucoup dans les médias auront noté, mais bien sûr sans aucune lucidité, la mise en scène orchestrée pour l’élection puis la célébration d’Obama et les outils scénaristiques que cette mise en scène nécessitait (ainsi que ses correspondances avec certaines fictions hollywoodiennes). Plusieurs auront même fait remarquer la clairvoyance de la populaire série 24 qui mettait en scène un président noir depuis quelques années déjà. Mais on en fit le constat sans s’inquiéter jamais que nombre de gens puissent s’émouvoir de cette « amusante » coïncidence de la réalité avec une série de télévision (qui vante, entre autres, les mérites de l’individualisme guerrier). Non seulement on ne s’en est pas inquiété (s’inquiéter bien sûr non pas de la coïncidence en tant que telle mais bien du ravissement qu’elle suscite), mais c’est même au contraire pour contribuer à engendrer cet étrange émoi qu’on fit le parallèle. Sur ça et bien d’autres choses, les représentants médiatiques ont prouvé une fois de plus qu’ils sont bel et bien les acteurs de l’actualité scénarisée ; au vrai sens du terme, puisqu’ils incarnent les personnages d’un monde sans contredit totalement fictionnalisé. Une question cependant : s’agit-il d’une fiction aussi bien écrite que Young Mister Lincoln ?

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Dans le film de John Ford, la destinée du jeune Lincoln ne tient pas à grand-chose. Indécis quant à son avenir professionnel, il vient se recueillir sur la tombe d’une amie qui l’incitait jadis à persévérer dans le Droit ; puis, du bout de son doigt, il suspend au-dessus d’elle une simple branche d’arbre, remettant au sort le choix d’une avenue qu’il hésite à prendre, selon que la branche tombe vers lui ou vers son amie enterrée. La fameuse branche choisira de tomber vers cette dernière… Et le jeune Lincoln dira alors, pour lui-même : « Je me demande si je ne l’ai pas aidée à prendre cette direction ». Cet intérêt pour le Droit le jeune Lincoln le devait déjà à un fragile hasard, lorsqu’une famille modeste lui donna un vieux livre de lois qui croupissait dans une barrique poussiéreuse. Issu d’une famille d’illettrés et lui-même très peu scolarisé, il se lance dans cette étrange lecture, puis se redresse la tête (il lisait la tête à l’envers, les pieds vers le haut) et dit simplement : « So it’s all about right and wrong »… Comme pour marquer le prolongement de ce constat primal, c’est un Lincoln fort de cette lecture qui se retrouve quelque temps plus tard dans une fête foraine de la petite ville de Springfied (où on l’aperçoit notamment goûter deux pointes de tartes lors d’un concours, ne sachant laquelle désigner comme étant la meilleure). Le soir venu, un meurtre a lieu... Une bagarre commence, un coup de feu retentit et deux jeunes hommes, des frères, sont aperçus juchés sur un cadavre. Les badauds s’agglutinent et discutent fort. Les coupables semblent désignés, on agrippe les deux frères et on les enferme dans la prison locale pendant que les hommes ivres se trouvent des arguments de consensus : « Two against one, that’s what I don’t like ! », dit l’un d’eux. Ça gronde, on revendique la pendaison puis on se dirige vers la prison la corde à la main. C’est alors que Lincoln interfère, surgi de nulle part, bouscule les épaules et vient se clouer devant la porte de la prison. Furieux, il invective tout le monde, commence à nommer des gens qu’il reconnaît, bref déconstruit la foule pour mieux la personnaliser.

« If these boys had more than one life, I’d say go ahead. Maybe a little hangin’ mightn’t do ‘em any harm. But the sort of hangin’ you boys’d give ‘em would be so… permanent. » À ce moment la foule croule de rire. Les seuls visages à ne pas s’illuminer sont ceux de la famille, la mère et les jeunes épouses des condamnés, qui ne savent plus quoi penser du fait que ce soit une blague jetée en pâture qui vienne peut-être de sauver le cou de leurs bien-aimés (une famille visiblement peu fortunée, à l’image de celle qui avait donné ce livre de Droit au jeune Lincoln). Eux n’entendent pas à rire et d’ailleurs Lincoln non plus. Cette boutade il l’a lancée avec une gravité mal dissimulée. Le seul fait d’avoir à user de cette séduction pour calmer la bête semble incarner en soi une déception qui se reflète sur chaque individu. Et ainsi, par cette ruse, l’esprit de sauvagerie qui règne est remplacé par l’hilarité générale puis une sorte de honte adoucissante qui fait baisser progressivement les têtes et les poings. C’est alors que les regards du jeune Lincoln et de la mère des condamnés se croisent dans une solennité qui détonne par rapport au brouhaha intempestif qui domine. Cette scène est l’une des plus belles du film, évoquant une étrange noirceur mêlée de dignité dans cette complicité silencieuse qui réunit Lincoln et la mère épouvantée, malgré la meute hystérique et rieuse qui les sépare dans l’espace.

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C’est avec ce magnifique film que John Ford avait ainsi inventé ce personnage iconoclaste, serein et déterminé, à la fois pour tous et contre tous, d’une extrême diligence mais capable de donner une fessée à sa propre collectivité lorsque celle-ci s’embrasait sur des rodomontades affectives. Un homme politique qui ne gagnerait des voix qu’après les avoir sérieusement mises en jeu en les confrontant au réel (sous-entendu après les avoir réellement gagnées, donc convaincues et non pas seulement séduites). Or le bonhomme a tout pour faire moquer de lui lorsqu’il se déplace dans la petite ville en attirant les regards ; une grandeur excessive accentuée par un chapeau haut-de-forme tout aussi excessif, un âne chétif pour moyen de locomotion et une attitude de décontraction visiblement hors norme. Au long du film on constate que le citoyen ordinaire reconnaît pourtant en lui un esprit plein de vigilance et d’une probité basée sur la raison. À son contact, les gens délaissent leurs lubies et leurs emportements quels qu’ils soient ; sociaux, affectifs, économiques, religieux. Le Lincoln de Ford s’adresse ainsi constamment à l’intelligence populaire et, ce faisant, en tire le meilleur parti ; mais, surtout, son idée de justice républicaine en est une qui ramène absolument tous les affects à un état de sobriété. En était-il de même pour le Lincoln historique lorsqu’il était jeune avocat ? On pourrait le croire, croire que ce lecteur des fables d’Ésope devait bien avoir dans sa prose et sa morale quelque chose de ce personnage incarné avec la gravité adolescente de Henry Fonda.

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Cependant le pays du jeune Lincoln, lorsqu’il choisit d’épouser les idées de ce dernier, ne se réconcilie pas avec lui-même ou avec sa « vraie nature » contrairement à ce qui a été partout établi le 4 novembre 2008. Pas plus que ce pays ne trouve dans un seul personnage un idéal jusqu’ici caché et qui constituerait sa vérité profonde, une sorte de bien-fondé qui n’attendait que le coup de pouce d’un être prophétique pour se révéler. Car l’antagoniste de cet idéal, il le contenait en lui de façon tout aussi forte sinon plus. Dans le film, c’est le réflexe du lynchage qui fait d’abord office de justice ; historiquement, c’est près de 600 000 citoyens qu’il lui fallut sacrifier avant d’admettre la proposition abolitionniste de son président (entre autres). C’est, au contraire, parce qu’un homme s’est opposé à ses velléités instinctives que le pays a parfois réussi à prendre une tangente, nécessitant pour les bonnes volontés la même force que celle qu’il faudrait pour détourner le cours d’une rivière. Pierre par pierre, de main calleuse en main calleuse. Ce Young mister Lincoln, donc, relève sans aucun doute d’un tout autre monde et d’un tout autre rapport à l’Histoire que le monde actuel. Car toute sa valeur, sa consistance, sa profondeur, sont basées sur l’idée d’un univers humain fondé d’abord sur la contradiction. La grandeur possible du personnage de Lincoln, fictif ou réel, ne pourrait pas se manifester sous un ciel qui refuse, rejette et exclut le principe d’altérité (et dont la mission première en est même l’élimination définitive). Un ciel faisant office de blue screen sur lequel peuvent s’afficher toutes les manifestations possibles d’un Bien inéluctable, et dont les louangeurs sont des absolutistes repus pour qui la consommation de red bull et la défense des convictions égalitaristes de l’heure font partie du même élan, sont les objets du même kit aphrodisiaque.

Lincoln laisse une trace dans un monde où la contradiction n’est donc pas reniée ou combattue, mais au contraire le fondement de ce qui évolue et n’évolue pas. À ça il faut donc logiquement opposer un contexte dans lequel l’apostolat de premier ordre est d’annihiler le principe d’altérité (constitutif d’une part du réel) en le remplaçant par une confrontation permanente (en large part fictive) qui est uniquement basée sur l’érection d’épouvantails que l’on "combat" sans opposition. Cette confrontation permanente comme substitut au principe d’altérité ignorant par le fait même les enjeux du monde réel. Enjeux qui ne pourraient, pour être résolus ou espérer être résolus (ou simplement être "amenés" dans les questionnements collectifs), que faire partie des bases du monde anciennement historique dans lequel l’altérité était admise. Autrement dit, à partir du moment où les seuls résidus d’altérité qu’on laisse entrer dans l’agora contemporaine se présentent sous la forme d’un dualisme dont les tenants n’ont pour adversaires que des moulins à vent, n’est-ce pas justement la marque de la fin de l’altérité ?

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Car ce sont les mêmes absolutistes repus qui croyaient trouver chez la toutouesque Palin l’incarnation d’un risible défaut de fabrication, sans qu’il soit noté nulle part qu’ils riaient par la même occasion de l’électeur américain moyen, démocrate ou républicain, qui visiblement n’est pas toujours sûr de savoir si l’Afrique est un continent (peut-on vraiment trouver ça drôle ?). C’est-à-dire ce même Américain moyen qui a fait élire le Prophète avec pour récompense une belle tape sur l’épaule de la part des apôtres. Apôtres qui venaient d’instrumentaliser cette Palin insignifiante pour se construire un repoussoir idéal afin de se valoriser eux-mêmes, et, par comparaison, tenter de se faire passer pour des êtres empreints d’intelligence et de bon sens politique. Ils rejoignaient ainsi certains journaux américains, qui, durant la campagne, appuyaient officiellement Obama avec le courage d’un peintre en bâtiment qui décide de passer une 3e couche juste pour être sûr ; les mêmes qui en 2002 détournaient la tête et croyaient reconnaître une vieille tante dans les estrades lorsque la brute bushiste les défiait en écumant sur le ring. Cet acte de foi public n’était rien d’autre qu’un simulacre de courage issu d’un roman dont vous êtes le héros. Dans un article fort valeureux, tout plein d’une acuité dérangeante et d’un sens implacable du concret, Carl Bergeron en fait état mieux que quiconque :

« Maîtrisant parfaitement les ficelles du Show, les organisateurs d’Obama offrent sur le site web une fonction bien spéciale, “Tell us your story”, où les fans-électeurs peuvent venir partager leur expérience de ce grandiose “American Moment”. Interaction, câblage des émotions, réseautage des affects. L’Amérique, de nouveau, peut enfin se passionner pour une “successfull story” qui ne soit pas une simple question d’argent. Le génie des metteurs en scène d’Obama a été de joindre, dans ce personnage d’ores et déjà qualifié “d’historique”, l’attrait de la réussite individuelle et le narcissisme vendeur d’un droit-de-l’hommisme fourre-tout. (…) Qui veut savoir la vérité lorsqu’il se laisse envoûter par une “story” ? Qui veut savoir que c’est une fiction, et que la réalité est toujours plus crue, plus choquante, plus dégoûtante que ce que l’on croyait ? Le plus stupéfiant, c’est que le discours “historique”, l’apologie publijournalistique de “la marche de l’Histoire” revient en force alors que ce qui faisait précisément le sel de l’Histoire (les conflits, les gestes fondateurs, les conquêtes) est devenu, depuis 1989, complètement inintelligible. L’History a été remplacé par un “storytelling” collectif où s’efface le sens politique. Seul reste, en guise de liant social, le pathos humanitaire de la “résilience”, mêlé au culte bioracialiste du “métissage”, promesse de toutes les réconciliations et de toutes les fusions. Obama incarne, dans sa personne, et surtout dans son personnage, ce dangereux programme de dévaluation du politique. »

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Ralph Nader, lui, a eu le cran lors de la soirée d’élection de rappeler sur le réseau Fox qu’il « s’agit de réalité et non pas de show business ». Mais cela n’intéressait pas un seul instant le journaliste qui s’est contenté de faire un esclandre avec une phrase déclarée par Nader un peu plus tôt le même jour (dans une entrevue à la radio au sujet d’Obama) : « Is he going to be Uncle Sam for the people of this country, or Uncle Tom for the giant corporations ? ». Certes, la formule est maladroite, mais on comprend sans aucune ambiguïté ce que Nader évoquait. Il aurait pu lancer la même question pour McCain : « Sera-t-il l’esclave des corporations ? » qu’on ne s’en serait pas offusqué le moindrement (d’ailleurs il l’a probablement fait). Comme il se trompait en imaginant remplir son rôle de contradicteur venu poser un regard critique dans le ventre même de l’orque médiatique, afin de tenter de donner au citoyen un outil supplémentaire pour décrypter le message bipolaire de la politique américaine. Non seulement s’est-il trompé d’adresse mais aussi d’époque. Il est des temps où on aurait envisagé cette déclaration de Nader pour ce qu’elle voulait dire et où on aurait au moins tenté de l’approfondir sur le fond. Car Nader, lui, ne faisait aucune distinction de couleur de peau en tentant de ramener les choses à leur réalité, et, par extension, à la réalité des plus démunis. On ne voulait donc pas parler de politique ce soir-là, car il s’agissait bien, peu importe les allégeances, de racialiser une fois de plus les questions et d’écraser toute fausse note au rouleau compresseur des obsessions postmodernes. Ostraciser une phrase toute simple, la détourner de son sens au nom des valeurs actuelles (dont apparemment l’honnêteté intellectuelle est exclue) pour pointer du doigt son interlocuteur avec la frénésie du flic-dénonciateur arborant le visage violet du juste. Un juste évidemment convaincu de la probité de sa mission péremptoire. Les exemples, ce soir-là, pullulaient absolument partout, de tous les côtés et dans tous les médias. Nader aurait dû simplement répondre : « Don’t blow a vein, man ! ». Mais il aurait été quand même trop tard pour ce condamné-d’avance, car avant même de placer un seul mot, on avait déjà décidé que Nader devait être palinisé ; c’est-à-dire, dans son cas, non pas pour son manque de culture ou sa capacité de réflexion, mais plutôt pour avoir oublié un malheureux instant de faire la petite génuflexion d’office en se présentant devant l’icône de ce Dieu vengeur-protecteur du politiquement correct (il faudra trouver désormais un terme beaucoup plus violent pour remplacer cette expression anémique et désuète). Un Dieu qui pourrait presque arriver à dissimuler son aspect clownesque si son allure faisait moins penser à Jabba the Hutt qu’à une figure véritablement probe.

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Plus que la fête d’élection d’un président noir, c’était donc surtout la fête des médias qui d’ailleurs partout en Occident n’en finissaient plus de s’esclaffer d’être au cœur de ce moment historico-médiatique, d’être les passeurs ou les preux délivreurs d’un message néo-divin appuyé par une musique pompière à la Hans Zimmer et un plan faussement improvisé sur le révérend Jackson en pleurs. Même les réseaux aux couleurs républicaines tel que Fox ne voulaient pas échapper à la fête (post)historique. On y recueillit des commentaires d’électeurs républicains tels que « Bien sûr je suis déçu que mon candidat ait perdu les élections, mais en même temps je trouve ça très cool qu’un noir soit élu président ». Le coolness, donc, comme finalité rassasiante. Et la nécessité, toujours plus dévorante, d’adhérer aux obsessions schizophréniques (qu’on voudrait faire passer pour des valeurs inébranlables) qui scintillent dans le firmament médiatique et que l’on nomme antiracisme ou féminisme (2 exemples parmi de nombreux autres). Plus même que d’y adhérer réellement, pour les « bonnes » raisons, il s’agit surtout de les exacerber hystériquement afin de n’être jamais suspecté d’en être les ennemis ou les potentiels contradicteurs. À notre connaissance aucune émission d’ « affaires publiques », aucun journal sérieux n’a ouvert la moindre petite fenêtre, aucun journaliste, chroniqueur ou expert rejoignant un public large pour poser la question « Mais où donc est passé le politique ? Où donc est passé le réel ? ». Ce qu’il fallait plutôt répéter sur tous les toits était cette bonne nouvelle déjà née lors de l’élection interne du parti démocrate : nous serons assurés d’avoir un noir ou une femme comme prétendant à la présidence. Bonne nouvelle qui fut bien entendu relayée immédiatement après coup : nous serons assurés d’avoir un président noir ou une femme comme vice-présidente. Leurs idées ? Leurs politiques ? Autant dire un minuscule amas d’allumettes mouillées dérivant au milieu de l’océan médiatique.

Bien sûr on peut partager, par exemple, l’ersatz de répit que le symbole Obama pourrait incarner temporairement pour les habitants de Colony, Alabama, ce hameau de 500 afro-américains qui en ont bavé des ronds de chapeau avant et après Luther King et qui verront en Obama le mirage d’un possible même si cet Hawaïen diplômé de Columbia et d’Harvard a un destin extrêmement marginal par rapport au leur. Malheureusement ces gens du monde réel, comme nous tous, seront vraisemblablement exclus de ce projet céleste présenté sous forme d’avènement lors du gala victorieusement post-historique de 2008. Car la nature même de ce projet qui dépasse les partis et les idées, qui se construit depuis déjà quelques années et qui bien sûr inclut le reste du monde, est précisément de nier toute forme de réel. Cela évidemment Obama lui-même n’en est pas le seul tributaire, quoique on ne puisse l’en détacher totalement. Quelque part dans certains éléments de discours, on perçoit bien ici et là des qualités intellectuelles et morales visiblement au-dessus de la mêlée. On est même prêt à croire que sa seule personne puisse se détacher du personnage savamment brodé dont on l’a revêtu pour les besoins de la cause électorale (et du scénario de sa consécration). Un personnage qui pourrait n’avoir été finalement qu’une boutade lancée en pâture. Et que l’homme, lui, puisse finir, comme nous croyons qu’il en soit capable, par retrouver une complicité silencieuse avec ces gens du monde réel malgré la meute hystérique et rieuse qui les sépare dans l’espace.

Et le temps.

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